Philippe Grandcolas, écologue, dénonce une loi agricole « désespérée »
Philippe Grandcolas, chercheur au CNRS et écologue engagé, s'élève avec véhémence contre le projet de loi d'urgence agricole présenté par le gouvernement. Dans un entretien exclusif, il qualifie ce texte de « nouvelle tentative désespérée d'apaiser la FNSEA », soulignant des régressions environnementales alarmantes, notamment sur le stockage de l'eau.
Un texte qui inquiète les défenseurs de l'environnement
Très mobilisé l'an dernier contre la loi Duplomb, Philippe Grandcolas pointe du doigt des « régressions majeures » contenues dans cette nouvelle proposition législative. Le projet, promis en janvier par Sébastien Lecornu pour calmer la colère des agriculteurs, prévoit de faciliter la construction d'ouvrages de stockage de l'eau, une demande récurrente de la FNSEA. Cependant, Grandcolas s'inquiète profondément des conséquences écologiques de telles mesures.
Annie Genevard, ministre de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la Souveraineté alimentaire, défend ce texte lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale. Pourtant, pour l'écologue, il s'agit d'un recul significatif dans la protection des ressources hydriques et de la biodiversité.
Le spectre de l'acétamipride plane à nouveau
Un autre sujet brûlant refait surface : l'acétamipride. Philippe Grandcolas redoute que ce projet de loi ne signe le retour du débat sur ce pesticide controversé. Rappelons que la loi Duplomb, il y a moins d'un an, visait à réintroduire l'acétamipride et avait électrisé la France, déclenchant de vives polémiques.
Le chercheur alerte sur les risques sanitaires et environnementaux associés à cette substance, craignant que les pressions du secteur agricole ne conduisent à son autorisation sous couvert d'urgence. Cette perspective inquiète particulièrement les écologistes et les scientifiques engagés dans la préservation des écosystèmes.
Un calendrier législatif chargé
Le projet de loi d'urgence agricole devrait être examiné fin mai par l'ensemble des députés, puis en juin par le Sénat. Ce calendrier serré laisse peu de temps pour un débat approfondi, ce que regrette Philippe Grandcolas. Il appelle à une mobilisation citoyenne et scientifique pour contrer ce qu'il perçoit comme une menace pour l'agriculture durable et la protection de l'environnement.
Dans un contexte où le sujet agricole reste éruptif, cette loi risque de raviver les tensions entre partisans d'une agriculture intensive et défenseurs de pratiques plus respectueuses de la nature. Grandcolas insiste sur la nécessité de privilégier des solutions à long terme plutôt que des mesures d'apaisement à court terme.



