Un éleveur périgourdin au cœur du Trophée National de l'Âne
Chapeau solidement enfoncé sur la tête, le regard concentré et scrutateur, une feuille de notes dans une main et un stylo dans l'autre, Emmanuel Legay prend position dans le ring du hall 6, dédié aux équidés. Sous ses pieds, le sable lourd et mouillé du Salon International de l'Agriculture, Porte de Versailles à Paris. Pour la deuxième année consécutive, cet enseignant en lycée agricole et éleveur de baudets du Poitou à Fouleix (24) prête son œil d'expert en tant que juge du Trophée National de l'Âne (TNA), organisé dans le cadre du Concours Général Agricole.
L'épreuve de complicité : un test de confiance retrouvé
Le trophée se déroule sur toute la durée du Salon, avec quatre épreuves distinctes :
- L'épreuve de « bât » le samedi 21 février
- L'épreuve de « complicité » ce mardi 24 février
- Les épreuves de « traction de précision » et de « maniabilité » les jeudi et vendredi suivants
Pour la première fois cette année, les huit races françaises d'ânes reconnues sont représentées : l'âne du Bourbonnais, de Provence, des Pyrénées, du Cotentin, l'âne grand noir du Berry, l'âne normand, le baudet du Poitou et l'âne corse.
« Comme son nom l'indique, l'épreuve de complicité vise à juger le lien et la confiance existants entre l'animal et son meneur. Elle avait disparu pendant plusieurs années du trophée et vient d'être remise au menu », explique Emmanuel Legay. Céline, venue d'Oloron-Sainte-Marie avec Igor, son âne des Pyrénées, confie : « C'est l'épreuve la plus aléatoire car suspendue à l'humeur de l'animal. Répéter seule avec lui en plein air pendant des semaines est une chose, se retrouver devant un public, avec d'autres animaux et de la musique en fond sonore en est une autre. »
Un parcours technique et exigeant
Le concours débute par quelques minutes de reconnaissance du parcours pour les meneurs, tandis que les ânes attendent leur tour. L'épreuve comprend six obstacles emblématiques :
- « La bande maraîchère » : une bande de sable de 80 cm de large entre des plantes en pots que l'âne ne doit pas faire vaciller
- « La serpentine » : le meneur doit lâcher son protégé et le faire suivre à la voix uniquement
- « L'abandon » : un cercle dans lequel l'âne doit rester immobile pendant que son meneur s'éloigne de plusieurs dizaines de mètres et revient
Chaque concurrent choisit l'ordre dans lequel son âne va enchaîner les obstacles, avec un temps limite de quatre minutes. Les pénalités s'accumulent en cas de dépassement, de refus ou de reculade. Certains animaux affichent un « sans-faute » sur l'épreuve anxiogène de l'abandon, tandis que d'autres tentent de déconcentrer leurs adversaires par des braiments ou des simulacres de retour au box.
L'âne : un atout économique et écologique
Emmanuel Legay, aux côtés des juges Michel et Cécile, ne se laisse pas distraire et note méticuleusement chaque prestation. L'éleveur périgourdin exprime son enthousiasme : « Je pense qu'il y a beaucoup à faire avec l'âne. Cet animal peut être un réel support d'activités économiques, que ce soit dans le tourisme avec des attelages, pour collecter des déchets sur une plage ou pour de la traction animale dans du maraîchage. Une traction animale que l'on peut ranger dans la catégorie énergies renouvelables, d'ailleurs ! Ce concours permet au grand public de découvrir tout ce potentiel. »
Il ajoute, soulignant l'importance de l'élevage : « Et puis si on les élève, c'est pour les vendre, sinon les races sont amenées à disparaître. » La race du baudet du Poitou, qui ne comptait plus que 44 individus en 1977, a connu 80 naissances en 2024, symbolisant une véritable renaissance.
Alors que Céline guide son âne des Pyrénées à la voix dans l'épreuve de la serpentine, la question reste en suspens : laquelle de ces huit races montera sur la première marche du podium ? Deux épreuves supplémentaires d'ici la fin de la semaine départageront les concurrents. Dans leurs boxes, les grandes oreilles gèrent tranquillement la pression, attendant leur tour sous le regard attentif des juges et du public.



