Inondations en France : les cultures agricoles face à une crise sans précédent
Inondations : l'agriculture française sous l'eau, quelles conséquences ?

Inondations en France : une catastrophe agricole aux multiples conséquences

Les habitations, les infrastructures et les champs agricoles se retrouvent submergés dans plusieurs départements français, notamment la Gironde, la Charente-Maritime, le Lot-et-Garonne et le Maine-et-Loire, placés en vigilance rouge pour les crues. Ces précipitations exceptionnelles lessivent et noient les sols, posant une question cruciale : quelles seront les répercussions pour les cultures ? Serge Zaka, agroclimatologue, apporte des éléments de réponse détaillés.

L'état des sols : une saturation historique et inquiétante

Il n'existe pas un seul coin des régions Occitanie, Nouvelle-Aquitaine, Languedoc et Auvergne où le sol n'est pas saturé, avec en plus des ruissellements d'eau en excès. Cette situation est plutôt rare. On se situe sur les tranches les plus élevées, et dans certaines localités, l'indice hydrique des sols bat des records inégalés depuis 1959, année du début des mesures.

Avec ces épisodes d'inondations, la terre peut subir de l'érosion et une perte de nutriments, avec une diminution des bactéries, des insectes et des vers de terre. Il faudra parfois plusieurs mois, voire des années, pour retrouver la même fertilité, surtout si les champs sont restés sous l'eau pendant plusieurs semaines.

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On anticipe également un impact économique à moyen terme. Lorsque l'eau se retirera, toutes les spores de champignons transportés par l'eau se déposeront sur les parcelles, devenant des vecteurs de potentielles maladies au printemps. Les terres agricoles inondées peuvent aussi être polluées par des éléments comme les voitures ou les batteries, même si cela reste minoritaire.

Le seul point bénéfique est que les nappes phréatiques et les sols ont été rechargés en eau jusqu'au moins le début de l'été, même en l'absence de nouvelles précipitations d'ici là.

Des dégâts irréversibles sur les cultures

Oui, il y aura des pertes de culture, particulièrement pour le maraîchage. Les poireaux, les salades et les choux-fleurs, qui sont en champ à cette période de l'année, sont particulièrement vulnérables. Pour l'agriculteur qui a investi dans les semences et le temps de travail, c'est une perte sèche totale.

On peut s'attendre à des retards de croissance sur les fraises et les kiwis, mais il faudra attendre le réveil du végétal pour chiffrer précisément ces impacts. Les vignes, plus résistantes, peuvent supporter quelques jours sous l'eau, mais là aussi, une évaluation complète des dégâts devra attendre le printemps.

Les grandes cultures, principalement le colza, le blé et l'orge, actuellement en champ, sont un peu plus résistantes aux excès d'eau. Cependant, après plusieurs jours d'immersion, cela peut provoquer une asphyxie des racines, appelée anoxie racinale.

Autour de la Garonne, de nombreux vergers sont concernés. Les noisetiers et abricotiers, par exemple, sont très sensibles aux excès d'eau. Même sans être complètement submergés, leurs racines peuvent souffrir d'anoxie. Ces arbres peuvent résister un ou deux jours, mais au-delà, ils risquent de mourir.

Le lien avec le dérèglement climatique et l'adaptation des cultures

Des articles récents indiquent que les dépressions et la rivière atmosphérique affectant depuis des semaines le Portugal, le Maroc, l'Espagne et l'ouest de la France ont été accentués par le changement climatique. Au moins 10 % des précipitations sont liées à ce dérèglement, en raison d'une mer et d'un air trop chauds.

L'adaptation agricole ne peut se faire que dans une certaine gamme d'intempéries. Face à ces niveaux de précipitations – une quantité équivalente à une année de pluie en deux mois – on se trouve dans une impasse. La construction de digues coûterait des milliards. La seule solution durable est de limiter les gaz à effet de serre pour éviter une aggravation de la situation.

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Cas particulier des Pyrénées-Orientales

Dans ce département, marqué par une sécheresse persistante, les agriculteurs sont presque contents des inondations, selon Serge Zaka. Au moins, ils pourront planter quelque chose au printemps, car depuis deux ans, le manque d'eau les en empêchait. Cette situation paradoxale illustre la complexité des défis climatiques auxquels fait face l'agriculture française.