Tempête Nils : une menace pour la fraise française à l'approche de la récolte
Il n'existe jamais de moment opportun pour subir des inondations. Cependant, le passage de la tempête Nils et les crues importantes de la Garonne et du Lot surviennent à un timing particulièrement défavorable pour la culture de la fraise dans le département du Lot-et-Garonne. « Nous sommes à la veille de la récolte, les premières cueillettes débuteront normalement début mars », explique Xavier Mas, président de l'Association d'Organisations de Producteurs nationale (AOPn) Fraises Framboises de France, interrogé par 20 Minutes.
Le Lot-et-Garonne, premier producteur français en difficulté
Le département concentre entre 25 et 30 % de la production nationale de ce fruit rouge, ce qui en fait le leader français. « Pour les producteurs installés en bordure de la Garonne, les crues ont eu un impact très significatif », témoigne ce fraisiculteur, qui dirige une exploitation de deux hectares et demi dans la vallée du Lot. Heureusement, environ la moitié de la production française est cultivée en hors-sol, une méthode qui protège les fraisiers de la noyade.
« Mais certains de mes collègues ont plus d'un mètre d'eau dans leurs serres : ils ne peuvent tout simplement pas accéder à leurs cultures », précise Xavier Mas. Cette situation empêche l'entretien des plants à un moment crucial. « C'est une période critique : la plante est en fleur, les premiers fruits se forment… C'est maintenant qu'il faut apporter des soins », insiste-t-il. À ces problèmes d'accès s'ajoutent des dégâts matériels observés sur certaines structures de serres, endommageant directement les plants.
Un déficit de luminosité généralisé
Au-delà des inondations localisées dans le Sud-Ouest, la culture de la fraise souffre plus largement d'un manque de luminosité depuis le début de l'année. Les maraîchers bretons, qui cultivent principalement sous serre, ne sont pas touchés par les intempéries mais par ce déficit de soleil, comme l'indique une coopérative rennaise. « Nous avons perdu quatre ou cinq jours de précocité concernant l'avancée de la récolte à cause de ce manque de lumière », confirme Xavier Mas.
Une situation européenne préoccupante
La France n'est pas le seul pays affecté. En Grèce, l'absence de soleil inquiète fortement les cultivateurs, selon le média spécialisé Fresh Plaza, créant une grande incertitude sur les volumes qui pourront être récoltés. En Espagne, premier producteur européen de fraises, les tempêtes ont également pénalisé la production. D'après Freshuelva, l'association professionnelle des producteurs et distributeurs de fraises de Huelva en Andalousie, les dégâts ont provoqué une chute de 50 % des exportations par rapport à l'année dernière.
Cette tension se ressent déjà sur les prix. Selon les données du Réseau des Nouvelles des marchés de Rungis, la barquette de fraises de catégorie 1 en provenance d'Espagne se négociait à 9 euros le kilo ce jeudi. Exactement un an plus tôt, le même produit était affiché à 5,50 euros.
Pas de flambée des prix anticipée pour la fraise française
Néanmoins, « il est encore trop tôt » pour anticiper une envolée des prix, assure Xavier Mas, notamment concernant la fraise française. « Ce n'est pas un mécanisme automatique », souligne-t-il. « La fraise est produite un peu partout en France ». Si les producteurs du Sud-Ouest subissent un coup dur, d'autres régions pourront compenser. « Au niveau global, je pense que nous aurons une production globalement similaire à celle de l'année dernière », estime le président de l'AOPn Fraises Framboises de France, gardant un certain optimisme malgré les difficultés actuelles.



