La flambée du gazole non routier met en péril l'équilibre financier des exploitations landaises
À Bégaar, comme dans l'ensemble du département des Landes, la hausse vertigineuse du prix du gazole non routier (GNR) plombe sévèrement les comptes des exploitations agricoles. Confrontés à cette situation critique, de nombreux agriculteurs envisagent désormais de réduire leurs surfaces cultivées pour tenter de préserver leur viabilité économique.
Mathieu Labarthe, agriculteur à Bégaar, témoigne de l'impact dévastateur
Dans la cour de son exploitation à Bégaar, Mathieu Labarthe, âgé de 35 ans, ne dissimule pas son inquiétude profonde. Cet agriculteur, qui occupe également la fonction de responsable du pôle stratégie et transmission à la Chambre d'agriculture des Landes, assiste impuissant à l'envolée continue de ses charges opérationnelles.
« On ne peut pas moins travailler, il faut bien que le boulot soit fait : verser les salaires, rembourser les emprunts… Donc on subit », confie-t-il avec amertume. La cause principale de cette détresse financière réside dans la flambée spectaculaire du GNR, ce carburant indispensable au fonctionnement des engins agricoles.
« L'an dernier, on était à 70 centimes le litre. Début avril, j'ai regardé : 1,60 €. Ça a été multiplié par plus de deux », détaille Mathieu Labarthe. Cette augmentation exponentielle se traduit par une facture énergétique qui explose littéralement.
« L'an dernier, j'étais autour de 14 000 euros. Cette année, j'estime le surcoût entre 15 et 20 000 euros. C'est l'équivalent d'une année de salaire pour nous trois qui s'envole », calcule l'agriculteur avec précision.
Une exploitation diversifiée mais totalement dépendante du carburant
Avec ses deux associés, Mathieu Labarthe élève chaque année 100 000 volailles Label Rouge, comprenant poulets, pintades et chapons. Parallèlement, il cultive 11 hectares d'asperges et 120 hectares de céréales. Malgré cette diversification apparente, l'ensemble de son activité reste entièrement tributaire du carburant.
« Nous n'avons aucun autre levier pour éviter ce surcoût. Le tracteur électrique n'est pas abouti », souligne-t-il, mettant en lumière l'absence d'alternatives viables à court terme.
L'effet ciseau qui étrangle les exploitations
La hausse du GNR s'ajoute à une conjoncture agricole déjà particulièrement tendue. « Cela fait deux ou trois ans que les récoltes sont compliquées. Le dérèglement climatique impacte les rendements. Et on subit un effet ciseau : des charges en hausse, des prix de vente en baisse. Beaucoup d'exploitations performantes ont basculé dans le rouge », analyse Mathieu Labarthe.
Selon les estimations de la FDSEA, une ferme moyenne de 100 hectares dans les Landes pourrait voir sa facture énergétique s'alourdir de 8 000 euros supplémentaires cette année. À cette augmentation s'ajoute la hausse parallèle du prix des engrais, liée notamment au Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) mis en place par l'Union européenne.
La réduction des surfaces cultivées comme seule issue
La conséquence directe de cette pression financière insoutenable se manifeste par des décisions drastiques de la part des agriculteurs. « Avec ces prix, certains font le choix de ne pas cultiver toutes leurs surfaces. On estime qu'on aura entre 8 et 10 % de terres en moins cette année », révèle Mathieu Labarthe.
Cette réduction volontaire des surfaces cultivées représente un signal d'alarme supplémentaire pour le secteur agricole landais. Encore un voyant qui passe au rouge dans un contexte économique déjà extrêmement fragilisé, où chaque décision impacte directement la pérennité des exploitations et la sécurité alimentaire de la région.



