Gironde : Les agriculteurs sinistrés par les tempêtes Nils et Pedro réclament des solutions durables
Gironde : Agriculteurs sinistrés par Nils et Pedro veulent des solutions

Gironde : Les tempêtes Nils et Pedro laissent les agriculteurs en détresse

Ce vendredi 20 février, le préfet de la Gironde, Étienne Guyot, équipé de bottes et d'un imperméable, s'est rendu dans le Sud-Gironde pour évaluer les dégâts causés par les tempêtes Nils et Pedro, ainsi que par les épisodes de pluie intense qui les ont précédées. Cette visite officielle visait à prendre la mesure des destructions subies par le secteur agricole et à écouter les revendications des exploitants directement touchés.

Des pertes matérielles et humaines considérables

Chez Rémi Doux, maraîcher installé à Bazas, le bilan est lourd : trois serres sur huit ont été endommagées, représentant 3 000 m² de cultures sur un total de 8 000 m². « Tout ce qui a été découvert est foutu », déplore-t-il, évoquant ses salades, poireaux et choux détruits. À une trentaine de kilomètres, à Cabanac-et-Villagrains, Sarah Dumigron, éleveuse, doit gérer une situation critique : privée d'électricité pendant huit jours, elle se concentre sur ses 150 brebis prêtes à mettre bas sur un terrain détrempé. « Ce que vous pouvez faire pour m'aider ? Je ne sais même pas encore ce que l'assurance va couvrir… », confie-t-elle, visiblement désemparée.

L'indemnisation, un parcours semé d'embûches

Sur le terrain, l'équipe de la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) a recensé les cultures et infrastructures non assurées, comme les serres ou les fossés à récurer, afin de lancer le dispositif d'indemnisation au titre de calamité agricole. Cependant, cette procédure reste complexe et incertaine. Rémi Doux, maraîcher à Bazas, rappelle amèrement : « J'avais monté le dossier d'aide en 1999. Cela n'avait abouti à rien ». Denis Campodarve, agriculteur à Fontet, explique : « Il faut que notre rendement soit suffisamment impacté pour être soutenu ». Face à ces difficultés, certains exploitants ont déjà renoncé à déposer un dossier, tandis que le report des cotisations proposé par la Mutuelle sociale agricole est jugé insuffisant par Rémi Doux : « Ce n'est pas ce dont nous avons besoin ».

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La gestion de l'eau, un enjeu crucial

Les maraîchers du Bazadais profitent de cette visite pour réitérer leur demande de bassines et de retenues d'eau, essentielles pour l'irrigation en période de sécheresse. Rémi Doux insiste : « C'est la double peine. Trop d'eau l'hiver, pas assez l'été ». Sarah Dumigron partage ce constat, soulignant que les fossés de drainage autour de ses 15 hectares de parc d'hivernage, entourés de forêts privées, ne sont pas entretenus, augmentant les risques de déracinement des arbres. « Les incendies de 2022 n'ont pas amélioré l'entretien des forêts », regrette-t-elle, appelant à une réponse à long terme face au changement climatique : « Il faut prendre la mesure de ce changement climatique qui nous handicape. On ne connaît pas une seule bonne année depuis un moment ».

Vers un changement de modèle agricole ?

Alors qu'Étienne Guyot rappelle le décret de la loi d'urgence agricole, qui assouplit le pompage de l'eau pour les agriculteurs, Endika Esteban, maraîcher à Loupiac-de-la-Réole, prône une approche différente. « Récurer les fossés parce qu'ils débordent d'eau, c'est traiter les symptômes d'un modèle agricole industriel. Il nous faut un changement de cap », affirme-t-il. Pour lui, l'enjeu est de restaurer la perméabilité des sols grâce à des pratiques plus durables, comme l'apport de matières organiques, la plantation de haies et l'utilisation de couverts végétaux en hiver. Cette visite du préfet met ainsi en lumière non seulement les dégâts immédiats, mais aussi les défis structurels auxquels fait face l'agriculture girondine dans un contexte de dérèglement climatique.

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