Annie Genevard lance un appel à la mobilisation générale pour l'agriculture française
Le 6 février, la ministre de l'Agriculture Annie Genevard a publié un tweet alarmant : « J'en appelle à la mobilisation générale. En 2025, l'excédent agroalimentaire français tombe à 200 millions d'euros, contre 3,9 milliards en 2024 et 5,3 milliards en 2023. Le décrochage est incontestable et la France doit réagir immédiatement, en redonnant à nos agriculteurs les moyens de produire et d'investir. C'est une exigence. C'est mon combat. »
Cet appel intervient alors que les agriculteurs dénoncent depuis des décennies la perte de compétitivité et la déprise agricole auprès des gouvernements successifs. Cependant, l'appel de la ministre semble illusoire face aux contradictions internes de son propre gouvernement.
Les divisions sur l'acétamipride affaiblissent la position française
Annie Genevard, qui a toujours soutenu la proposition de loi du sénateur LR Laurent Duplomb visant à autoriser l'usage de l'acétamipride, se trouve confrontée à l'opposition de ses collègues. La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a déclaré sur France 2 : « On ne peut pas faire comme si une pétition n'avait pas réuni 2 millions de signataires. Il faut aussi entendre l'inquiétude de ces Français qui nous ont alertés. »
Le sénateur Duplomb vient de présenter une nouvelle proposition de loi pour autoriser cet insecticide, dont la demande de réintroduction a été rejetée par le Conseil constitutionnel en août 2025. Il propose que la loi tienne compte des recommandations du Conseil pour mieux encadrer son usage. Quoi qu'il en soit, Annie Genevard devra probablement suivre les préconisations de Matignon.
Cette situation crée une disposition franco-française qui désarme les producteurs français sur le plan phytosanitaire face aux importateurs étrangers. L'acétamipride est autorisé partout en Europe avec une AMM délivrée par l'EFSA, mais pas en France. Cette divergence ne devrait pas améliorer la position dégradée de la France sur la balance du commerce extérieur, comme le déplore la ministre.
La recommandation sur la viande ajoute à la confusion
Une autre déclaration gouvernementale risque de déstabiliser Annie Genevard : la recommandation dans le cadre de la « Stratégie nationale pour l'alimentation, la nutrition et le climat » visant à limiter la consommation de viande et de charcuterie. Cette annonce arrive mal à quelques jours de l'ouverture du Salon de l'Agriculture, où aucun bovin ne sera présent à cause de la prévention contre la dermatose nodulaire.
La recommandation, qui s'inscrit dans un plan visant à diminuer les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030, penche clairement en faveur du discours écologiste. Elle malmène une filière élevage déjà inquiète des accords avec le Mercosur, sans que ces accords n'abordent la question de la réduction de la consommation de viande.
Les arbitrages très attendus du Salon de l'Agriculture
D'autres éléments semaient la confusion, comme le logo de France TV et de France 2 Cinéma sur l'affiche du documentaire dédié aux « Soulèvements de la terre ». Ce mouvement activiste, très politisé et prônant la décroissance, a été un temps menacé d'interdiction par le ministère de l'Intérieur. Son soutien par l'audiovisuel public semble contredire le message de soutien aux agriculteurs porté par Annie Genevard.
Alors que le Premier ministre s'apprête à présenter sa loi d'urgence, la question des arbitrages entre souveraineté alimentaire et propagande écologiste reste cruciale. La réponse est très attendue par le monde paysan, notamment lors de l'inauguration du Salon international de l'Agriculture le 21 février. Les contradictions gouvernementales continuent d'affaiblir la position de la ministre face au décrochage économique de l'agriculture française.



