Frelon asiatique : les apiculteurs des Pyrénées-Atlantiques sceptiques face au plan national
Frelon asiatique : scepticisme des apiculteurs dans le 64

Un plan national jugé flou et insuffisant

Face à la prolifération du frelon à pattes jaunes, les apiculteurs du département expriment leurs doutes sur l'efficacité et les moyens concrets du nouveau dispositif gouvernemental. Ils attendent sa déclinaison locale. La population est appelée à y prendre part également.

Le 27 mars dernier, le ministère de la Transition écologique a dévoilé son Plan national de lutte contre le frelon asiatique. 3 millions d'euros par an consacrés aux moyens de lutte et de prévention, une mise en réseau de référents frelon et un guichet dédié aux actions de luttes composaient le package. Charge aux préfets d'en être les relais localement.

En début d'année, les syndicats apicoles et le Groupement de défense sanitaire apicole (GDSA) du département ont écrit au préfet des Pyrénées-Atlantiques pour demander une rencontre, savoir ce que recoupe la « gouvernance locale » et connaître le fléchage des financements. Aucun rendez-vous n'a été fixé en ce milieu de printemps. Pourtant, les dégâts causés par le frelon asiatique dans les ruches concernent quelque 649 apiculteurs déclarés pour 24 578 ruches entre Pays basque et Béarn.

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Un plan de lutte un peu flou

Paul Fert, président du syndicat apicole L'Abeille des Gaves et Nives et apiculteur en Béarn, note « une impression de flou » quant à ce plan national. « C'est un premier pas. Cela fait vingt ans qu'on crie dans le désert avec le frelon asiatique. On a le sentiment que la montagne a accouché d'une souris, relève-t-il. Si l'on prend les 3 millions d'euros annoncés, divisés par le nombre de départements métropolitains, ça ne laisse pas grand-chose. Le frelon à pattes jaunes est un risque pour la filière apicole, mais il a un enjeu encore plus important sur la biodiversité, on n'aura de cesse de le répéter. »

Si l'apiculteur sait qu'il n'y a « pas d'espoir de l'éradiquer », il espère que les fonds alloués à la recherche permettront de trouver des solutions pour contenir l'indésirable, arrivé d'Asie dans des poteries, en 2004 via le Lot-et-Garonne, et qui depuis ne cesse d'agrandir son territoire. « Il s'adapte très bien, poursuit Paul Fert. Il est présent sur toute la côte Atlantique en Espagne jusque chez nous. On sait que s'il a une source d'eau pas loin et des bassins de vie peuplés, c'est un habitat favorable. Le frelon asiatique adore faire nos poubelles ! » Espagne, Portugal, Angleterre, l'hyménoptère a été signalé au Danemark et jusqu'en Hongrie en 2024.

« On attend beaucoup de la recherche et de la technologie. On se sent un peu abandonné »

Une mobilisation citoyenne essentielle

Depuis plusieurs années, les apiculteurs militent pour le piégeage de printemps et d'automne en incitant collectivités et particuliers à poser des pièges sélectifs. « Chaque frelon vu jusqu'à mi-mai, ce sont des reines, d'où l'importance de les piéger. Les nids se formeront toujours, mais il faut les repérer et les signaler pour les détruire. À l'automne, on piège les ouvrières », rappelle Paul Fert qui ne nie pas les polémiques autour des pièges pas toujours si sélectifs. « On attend beaucoup de la recherche et de la technologie. On se sent un peu abandonné », reconnaît-il, tout en encourageant une mobilisation citoyenne.

Une étude menée par l'Itsap- Institut de l'abeille avec le Muséum national d'histoire naturelle sur le piégeage de printemps entre 2019 et 2024 a démontré une baisse de la population de frelons si des pièges sont installés tous les 300 mètres. Si chaque maison accrochait son piège, la zone de couverture pourrait être efficace. « Encore faut-il que chacun renouvelle les appâts, tempère Cathy Tassy, apicultrice à Urt. Je vois des pièges qui passent l'année dans l'arbre. Des recommandations pour de nouveaux pièges, plus sélectifs, sont sorties, mais le coût est bien plus important que le Tap-Trap jaune, qui a été distribué en 2024 et 2025. »

« Chaque année, je prends mon bâton de pèlerin et j'explique ce qu'il faut faire pour le piégeage »

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Paul Fert insiste sur la sensibilisation de la population : « Pour quadriller une zone, ça demande des efforts. Certaines communautés de communes jouent bien le jeu, avec des achats de pièges et la destruction des nids. Je pense à celle de la vallée d'Ossau qui a de bons résultats. Dans ma commune, à Argagnon, c'est pareil, mais chaque année, je prends mon bâton de pèlerin et j'explique ce qu'il faut faire pour le piégeage. »

Une campagne de rappel annuel, comme celle pour la vaccination contre la grippe, pourrait s'envisager, mais quid des moyens ? À moins de viser plus grand, avec une coopération européenne. Chez nos voisins espagnols, le piégeage est aussi de mise. « Il y a beaucoup d'initiatives dispersées et des universités et instituts travaillent sur la question. »

Des échanges confirmés par le chercheur Quentin Rome, chargé de mission « Frelon asiatique et hyménoptères » au MNHN, à Paris : « Le frelon est classé parmi les espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l'Union européenne, donc pas besoin de décret pour des échanges entre scientifiques européens. D'ailleurs, le groupement international Coloss travaille sur les facteurs d'affaiblissements du frelon asiatique. » Reste à impulser un plan de lutte plus large et coordonné entre tous les pays.

D'autres frelons à surveiller

Si depuis plus de vingt ans, le frelon à pattes jaunes s'est acclimaté et a adapté son comportement à l'Europe, deux autres frelons sont sous surveillance. Le frelon oriental a été classé EEE en France en 2023. Il a été repéré à Marseille en 2021. « Il est présent naturellement sur le bassin méditerranéen depuis toujours, note Quentin Rome, mais à la faveur du réchauffement climatique, il ne fait que remonter. »

Le frelon Soror a été signalé en 2022 dans les Asturies, à 500 km de Bayonne. Il a un comportement plus structuré et destructeur que son cousin vespa velutina avec les abeilles. De plus, ses nids sont enterrés, d'où un danger accru pour l'homme. « Pour le moment, nous n'avons pas de remontées de ruches attaquées en Espagne, ni de nouveaux signalements », note Paul Bert. « On estime qu'il n'a pas réussi à s'implanter mais il reste à surveiller », analyse de son côté Quentin Rome. À ce jour, 22 espèces du genre Vespa, ont été identifiées par les scientifiques.

Sollicitée, la préfecture précise qu'une consultation du public a été réalisée en parallèle de la présentation du Plan, du 8 au 29 avril 2026. Le plan départemental déclinera les dispositions du plan national une fois ce dernier définitivement adopté.