Catastrophe agricole dans le Lot-et-Garonne après les intempéries
Trois semaines après les violentes inondations et la tempête Nils, le département du Lot-et-Garonne continue de subir les conséquences désastreuses sur son agriculture. Les cultures de fraises et de kiwis, véritables locomotives économiques de la région, ont été particulièrement touchées par ces événements climatiques extrêmes.
Des dégâts sans précédent pour les producteurs
Dans le secteur du Confluent, le long de la Garonne, les racines de nombreux arbres fruitiers baignent toujours dans l'eau stagnante. Jean-François Garrabos, producteur installé à Feugarolles, témoigne de l'ampleur des dégâts : « C'est le combo que l'on n'avait jamais eu. Elles ont été les plus touchées ».
Pour les fraisiculteurs, le vent a arraché les bâches des serres tandis que la montée des eaux a déstabilisé les structures. « Il a fallu tout reconstruire pour que les fraises restent à l'abri. Cela a demandé des heures de main-d'œuvre », explique Jean-François Garrabos, qui précise n'avoir « jamais été confronté à cela » malgré des décennies d'expérience.
Inquiétudes pour la survie des kiwis
La situation est particulièrement alarmante pour les kiwis, culture phare du département. Marie-José Sanz, kiwicultrice à Port-Sainte-Marie et représentante du Bureau interprofessionnel du kiwi (BIK), estime que des centaines d'hectares de vergers ont souffert de l'Agenais jusqu'à La Réole.
Le problème majeur réside dans la durée exceptionnelle de l'inondation. « Quand on lui en apporte trop, il risque une asphyxie racinaire et à terme un dépérissement », alerte Marie-José Sanz concernant les plants de kiwi. Les producteurs craignent une mortalité précoce des arbres qui pourrait se manifester même l'année suivante.
Menaces climatiques en cascade
Dans ce contexte déjà critique, les agriculteurs redoutent maintenant deux nouveaux dangers :
- Le gel printanier : les techniques de lutte par aspersion pourraient aggraver la situation des plants déjà affaiblis
- La sécheresse estivale : paradoxalement, malgré les millions de mètres cubes d'eau récents
« La pluviométrie, les sécheresses, les canicules sont évidemment des points qui interpellent la profession », reconnaît Marie-José Sanz.
Questionnements sur l'avenir de ces cultures
Face à la répétition des événements climatiques extrêmes, les producteurs s'interrogent sur la pérennité de ces cultures dans le Sud-Ouest. Jean-François Garrabos souligne : « Dix jours d'eau tous les quinze ans, ça va. Si cela se présente à nouveau dans trois ans, cela va devenir problématique ».
Pourtant, ces deux cultures représentent un enjeu économique majeur. « Le kiwi ainsi que la fraise sont les dernières chances agricoles de notre territoire. Il faut les défendre », insiste le producteur, rappelant que la région concentre près de 75% de la production française de kiwis.
Recherche de solutions et espoirs technologiques
Malgré les difficultés, la profession garde espoir. Le BIK travaille activement au développement de nouveaux porte-greffes plus résistants aux aléas climatiques. « Nous avons de grands espoirs de développement de nouveaux porte-greffes, qui apporteraient une résistance supplémentaire », affirme Marie-José Sanz.
Parallèlement, les producteurs réfléchissent à des adaptations stratégiques, comme la sélection de terrains non inondables, plutôt que de chercher à contrer la nature. « Nous devons apprendre à vivre avec », conclut Jean-François Garrabos, soulignant la nécessité de préserver ces cultures à haute valeur ajoutée pour l'économie régionale.



