Une foncière public-privé pour sauver le vignoble girondin en crise
Foncière public-privé pour sauver le vignoble girondin

Une réponse foncière à la crise viticole girondine

Le monde économique girondin fait face à une crise viticole profonde, comparée à un long train dont la locomotive vacille et les wagons déraillent. Après plusieurs plans de distillation et d'arrachage, dont un nouveau imminent, un dispositif innovant d'intervention foncière vient d'être officiellement dévoilé. Ce projet, mûri depuis octobre dernier, rassemble la quasi-totalité des acteurs concernés : professionnels de la filière, représentants agricoles, État, collectivités territoriales, chambres consulaires et établissements bancaires.

Un mécanisme de financement mixte

Ce dispositif donnera naissance à une « foncière » au financement hybride, avec 70% de capitaux privés et 30% de fonds publics. Cette structure injectera plusieurs millions d'euros dans le rachat des terres et des stocks appartenant aux viticulteurs les plus impactés par la crise. Dans un second temps, elle interviendra activement dans le « remembrement » des parcelles viticoles devenues orphelines. L'objectif n'est pas de restaurer miraculeusement la prospérité, mais d'éviter une catastrophe économique majeure.

« On ne va pas gagner de l'argent mais éviter que tout le monde en perde davantage », résume Dominique Techer, porte-parole de la Confédération paysanne. Ce syndicat agricole milite depuis près de trois ans pour la création de cet Établissement public foncier (EPF), conçu pour financer un véritable « plan social du vignoble ». Son opérationnalisation complète nécessitera encore quelques mois.

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Une phase d'amorçage urgente

En attendant, l'EPF de Nouvelle-Aquitaine, habituellement dédié à la réhabilitation de friches industrielles ou urbaines, servira de « véhicule juridique temporaire ». Cette « phase d'amorçage », dotée de dix millions d'euros et d'une garantie de bonne fin par les banques, permettra de commencer rapidement le rachat de terres viticoles arrachées, offrant ainsi une bouffée d'oxygène à certaines exploitations en grande difficulté. L'urgence est réelle.

Stopper la spirale descendante

Par la suite, des fonds publics (État et Région) combinés à des investissements privés lanceront définitivement ce nouvel outil avec une enveloppe initiale de 20 millions d'euros. La répartition est la suivante :

  • 14 millions d'euros apportés par quatre banques partenaires (Crédit agricole d'Aquitaine, Banque populaire Aquitaine Centre Atlantique, Crédit Mutuel du Sud-Ouest et Caisse d'Épargne Aquitaine Poitou-Charentes).
  • 6 millions d'euros fournis par la Région Nouvelle-Aquitaine, l'État et ses établissements publics (CCI de Bordeaux-Gironde, Chambre d'agriculture).

À terme, la nouvelle foncière ambitionne d'atteindre un budget d'environ cent millions d'euros dans les prochains mois. Sa mission première est d'enrayer la dépréciation accélérée d'un vignoble confronté à une chute violente des prix du vin et à une destruction de la valeur de ses terres.

« Il faut stopper cette spirale descendante. En apurant les surfaces excédentaires et les stocks, cela doit produire un effet choc sur le marché », insiste Dominique Techer.

Un soutien économique et social

Alain Rousset, président de la Région Nouvelle-Aquitaine, salue une « bonne idée » visant à la fois « l'accompagnement économique et social des viticulteurs » et la sécurisation des « banques très exposées dans ce dossier ». Cette foncière offrira ainsi aux familles de vignerons des appellations lourdement touchées (Bordeaux, Bordeaux Supérieur, Côtes, Médoc…) la possibilité :

  1. D'améliorer leur trésorerie immédiate.
  2. De partir à la retraite dans des conditions plus dignes, sans s'enfoncer dans un endettement insoutenable.

Pour les banques, participer au financement est un moyen d'éviter une « banqueroute généralisée » et de devoir constituer des provisions pour pertes en cascade face aux défaillances d'exploitations. « C'est une manière de les sécuriser », appuie Alain Rousset.

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Préparer l'après-crise et la restructuration

Au-delà de l'urgence, se pose la question de l'avenir. Face à la disparition annoncée de milliers d'hectares de vignes, qui transformeront durablement le paysage girondin, l'EPF viticole devra œuvrer à sa restructuration. Des ateliers de réflexion, notamment sur la diversification agricole ou la gestion de la ressource en eau, ont déjà été constitués et planchent activement sur ces sujets.

« C'est un véritable séisme pour la Gironde, son économie, son espace rural », répète Dominique Techer, précisant que « la réflexion sur les nouveaux paysages engendrés est en cours ».

L'acquisition des premières parcelles, pilotée initialement par l'EPF de Nouvelle-Aquitaine, est espérée avant l'été. Un appel à manifestation d'intérêt (AMI) destiné aux propriétaires fonciers sera lancé au cours du premier semestre, comme l'a confirmé un communiqué régional diffusé ce mercredi.