Prix du GNR et engrais en flambée : agriculteurs et automobilistes face à la spéculation
Flambée des prix du GNR et engrais : spéculation dénoncée

Une augmentation soudaine qui interpelle les professionnels

À Prades, dans les Pyrénées-Orientales, comme partout ailleurs en France, les automobilistes ont constaté avec stupéfaction une hausse spectaculaire du prix du gazole. En seulement quatre jours, le tarif est passé de 1,659 euro à 1,969 euro, soit une augmentation de 0,31 euro. Cette envolée des prix n'est pas isolée et touche également de plein fouet le secteur agricole, particulièrement vulnérable aux fluctuations des coûts des intrants.

Le gazole non routier (GNR) sous tension

Les agriculteurs sont confrontés à une situation similaire pour le gazole non routier (GNR), carburant essentiel à leurs activités professionnelles. Alors que fin février, le cours moyen de ce carburant se situait autour de 1,20 euro, il a brutalement grimpé à 1,574 euro le 5 mars. Cette hausse subite a provoqué une réaction immédiate des syndicats agricoles, qui suspectent, tout comme les automobilistes, un effet d'aubaine de la part des raffineurs et des distributeurs.

La FNSEA a tiré la sonnette d'alarme mercredi 4 mars, dénonçant des hausses brutales recensées par son réseau chez certains fournisseurs. Ces augmentations sont parfois très supérieures aux quelques centimes évoqués par l'exécutif. Le syndicat a exigé du ministère de l'Économie une transparence totale sur l'évolution réelle des prix du GNR et des carburants professionnels, ainsi qu'un renforcement immédiat des contrôles.

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Les engrais également touchés par la flambée des prix

La hausse ne se limite pas aux carburants. Les engrais subissent également une pression inflationniste considérable. Selon un communiqué de la Coordination rurale, 30 % du commerce mondial des engrais transite par le détroit d'Ormuz. Le prix des engrais azotés est directement corrélé à celui du gaz naturel, qui explose dans certaines négociations.

L'urée atteint déjà 680 euros la tonne, contre 557 euros il y a à peine dix jours, soit une augmentation de plus de 20 %, alerte le syndicat. Cette situation a conduit la Coordination rurale à dénoncer vigoureusement ce qu'elle qualifie de profiteurs de guerre, appelant l'État à faire preuve de davantage de fermeté.

Un marché devenu spéculatif

Le syndicat agricole met en lumière des pratiques commerciales inquiétantes : Certains fournisseurs annulent les offres annoncées quelques heures auparavant, preuve d'un marché devenu totalement spéculatif. Pourtant, ces engrais sont souvent déjà stockés chez les distributeurs et n'ont pas été achetés aux prix actuels des cours. Cette spéculation affecte directement les agriculteurs, déjà fortement impactés par les taxes européennes sur les importations en provenance de Russie.

Face à cette crise, une demande de suspension des taxes carbones aux frontières a été formulée. Cependant, cette proposition a été rejetée par Wopke Hoekstra, commissaire européen au Climat. Le Néerlandais estime que la tarification du carbone est un des piliers de la politique climatique de l'UE. Il prône plutôt un verdissement des engrais fabriqués en Europe, afin de réduire la dépendance à l'égard des engrais étrangers, qui constituent plus de 60 % de nos approvisionnements.

Les conséquences pour les consommateurs et l'agriculture

In fine, après l'agriculteur, c'est le consommateur qui devra acquitter l'addition. Cette addition inclut le coût des engrais, des carburants, du matériel, des aliments pour le bétail et des transports. Ces coûts seront répercutés avec des majorations qui, selon les postes et au cinquième jour du conflit, atteignent déjà plus de 30 %.

  • Viande
  • Pâtes
  • Produits à base de céréales
  • Huile
  • Sucre
  • Fruits et légumes
  • Volailles
  • Vin
  • Œufs

Aucun de ces produits n'échappera à l'inflation générée par la hausse du prix des intrants en agriculture. La question cruciale est de savoir quelles dispositions le gouvernement va prendre pour juguler cette soudaine flambée des prix à l'étal et, en amont, sur les exploitations agricoles.

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Des mesures attendues face à l'urgence

Avant l'hypothétique loi d'urgence agricole, reportée en juin, et au lendemain d'un Salon de l'agriculture morose, le monde paysan s'interroge légitimement sur la manière dont la situation actuelle sera considérée. Le chef de l'État avait pourtant déclaré que les agriculteurs ne peuvent pas être la variable d'ajustement des politiques commerciales et du pouvoir d'achat.

Dans les champs, les difficultés s'amoncellent et les réponses aux problèmes s'accumulent, tandis que la géopolitique rend inaudibles les priorités actuelles. Le spectre d'une inflation sur les prix des produits alimentaires plane sur le pouvoir d'achat des Français. Sur nos campagnes, se profile le risque d'une désertification annoncée, dans un épilogue où nos paysans, malgré leurs demandes réitérées, n'auront finalement été ni entendus ni écoutés.