Fernande Blois, pionnière du courtage en vins du Médoc, prend sa retraite après 50 ans
Fernande Blois, pionnière du courtage en vins, retraite après 50 ans

Fernande Blois, une figure emblématique du courtage viticole du Médoc

En avril 1985, la plus célèbre courtière en vins du Médoc, Fernande Blois, prend sa retraite après cinquante années d'une carrière dévouée au négoce viticole. Propriétaire du château Pontoise Cabarrus à Saint-Seurin-de-Cadourne, en Gironde, elle a servi avec compétence petits et grands propriétaires pendant un demi-siècle, laissant une empreinte indélébile dans la région.

Une reconnaissance officielle et un attachement à la tradition

Une lettre signée par Michel Rocard, alors ministre de l'agriculture, annonce sa promotion dans l'ordre du Mérite agricole, adressée via le sous-préfet de Lesparre. Le fonctionnaire utilise le terme courtier au masculin, non par mépris pour les consignes de la ministre des droits de la femme, mais par respect pour la pratique établie de Mme Blois, qui exerce ce métier depuis 1934. À 80 ans, elle refuse de changer le nom de sa profession, déclarant : « Ça me choque, notre belle langue, notre pauvre français est tellement abîmé. »

Deux passions pour surmonter les épreuves

Fernande Blois confie avoir eu deux passions dans sa vie : son fils et son métier. Ces passions l'ont aidée à conjurer le mauvais sort. Interrogée sur son parcours dans un domaine traditionnellement masculin, elle évoque « le malheur » : la mort de son frère à Verdun quand elle avait 12 ans, le décès de son père qui la laisse à la tête du château en 1920, et un foyer désuni. En 1934, après le décès d'un ami courtier, M. Rouquette, elle reprend ses affaires, devenant courtière à 30 ans en pleine crise économique.

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Un engagement envers les petits propriétaires

Elle se souvient d'une époque difficile pour les viticulteurs : « Quand j'ai commencé, on achetait le saint-estèphe à 7 francs le tonneau. » Le mildiou ravageait les récoltes, et les petits propriétaires étaient démunis, sans caves coopératives. Malgré des propositions pour se concentrer sur les grands crus classés, plus lucratifs, elle refuse d'abandonner ses clients modestes, affirmant : « Ça aurait été honteux d'abandonner mes petits propriétaires qui ont besoin de moi. »

Une éthique professionnelle rigoureuse

Pour Fernande Blois, le courtage n'est pas un métier à moitié. Elle insiste sur l'importance de la dégustation avant toute vente : « Jamais une goutte de vin acheté n'est partie avant que je l'aie dégusté. » Elle plombait même les citernes d'expédition avec ses initiales, une pratique devenue rare. Sa conception du métier implique un travail écrasant, surtout pour une femme, nécessitant souvent d'être célibataire et disponible à toute heure.

Des défis de mobilité et des souvenirs de guerre

Elle se déplaçait constamment, en voiture ou, pendant la guerre, à vélo après que les Allemands aient volé les roues de sa voiture. Elle se souvient de voyages épiques, comme celui de Ludon à Grayan sur un camion à bandage roulant à 20 km/h. Aujourd'hui, retirée dans son château, elle vit avec ses souvenirs, entourée de l'affection de ses anciens clients qui lui demandent encore des conseils amicaux sur leurs vins.

Une retraite discrète et respectée

Fernande Blois a pris sa retraite sans bruit, en septembre dernier, refusant de vendre son affaire pour ne pas embarrasser ses clients. Comme le lui a dit un courtier bordelais : « Vous vous êtes retirée sur la pointe des pieds. » Son héritage perdure, témoignant du rôle crucial des courtiers dans la préservation de la qualité et de la tradition viticole du Médoc.

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