Le sénateur Duplomb persiste à vouloir réintroduire deux insecticides interdits
Duplomb persiste à vouloir réintroduire deux insecticides interdits

Dans un contexte de tensions agricoles persistantes, le sénateur Laurent Duplomb, élu de la Haute-Loire, relance un débat hautement controversé en proposant de réintroduire deux insecticides de la famille des néonicotinoïdes, actuellement interdits en France. Cette initiative, surnommée "loi Duplomb 2" par ses détracteurs, intervient alors que le monde agricole est secoué par des crises multiples, allant des aléas climatiques aux pressions économiques.

Un amendement qui fait polémique

L'élu, membre du groupe Les Républicains, a déposé un amendement dans le cadre d'un projet de loi agricole, visant à autoriser à nouveau l'utilisation de l'imidaclopride et du thiaméthoxame. Ces substances, classées comme "tueuses d'abeilles" par de nombreuses études scientifiques, avaient été bannies par la loi française en 2018, suivant les recommandations de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA).

Laurent Duplomb défend sa proposition en invoquant la nécessité de fournir aux agriculteurs des outils supplémentaires pour lutter contre certains ravageurs, notamment dans les cultures de betteraves sucrières. Il argue que des dérogations temporaires ont déjà été accordées par le passé et que cette mesure serait cruciale pour préserver la compétitivité de la filière face à la concurrence internationale.

Une opposition ferme des défenseurs de l'environnement

Cette tentative de réintroduction suscite immédiatement une levée de boucliers de la part des associations écologistes, des apiculteurs et de plusieurs parlementaires. Les opposants rappellent que les néonicotinoïdes sont extrêmement nocifs pour les pollinisateurs, avec des effets dévastateurs sur les colonies d'abeilles, et qu'ils contaminent durablement les sols et les eaux.

"C'est un retour en arrière inacceptable", dénonce un représentant de la Fédération nationale des apiculteurs. "Nous avons combattu pendant des années pour obtenir cette interdiction, et aujourd'hui, on veut nous faire croire que ces poisons sont indispensables. C'est ignorer toutes les alternatives agroécologiques qui existent."

Les arguments scientifiques et réglementaires

La communauté scientifique reste majoritairement opposée à toute réautorisation. De multiples recherches ont établi un lien clair entre l'utilisation de ces insecticides et le déclin des insectes pollinisateurs, avec des conséquences en cascade sur la biodiversité et la sécurité alimentaire.

Sur le plan réglementaire, la France s'est engagée à réduire l'usage des pesticides de 50% d'ici 2030, dans le cadre du plan Ecophyto. Réintroduire des produits aussi controversés irait à l'encontre de cet objectif, soulignent les critiques. De plus, l'Union européenne maintient des restrictions strictes sur ces substances, ce qui pourrait poser des problèmes de conformité.

Un débat qui dépasse les clivages politiques

La proposition du sénateur Duplomb divise au-delà des lignes partisanes. Si certains élus de la majorité présidentielle expriment une certaine compréhension pour les difficultés des agriculteurs, d'autres, y compris au sein de la droite, s'inquiètent de l'impact environnemental et de l'image que cela renverrait de la France.

Le gouvernement, quant à lui, adopte une position prudente, rappelant son attachement à la transition agroécologique tout en promettant d'examiner "toutes les options" pour soutenir le secteur agricole. Les prochains jours seront déterminants, avec l'examen de l'amendement en commission sénatoriale, où les débats s'annoncent animés.

Cette affaire illustre les tensions permanentes entre impératifs économiques à court terme et nécessités écologiques à long terme, un dilemme au cœur des politiques agricoles contemporaines. La décision finale pourrait influencer durablement l'orientation de l'agriculture française et sa crédibilité en matière de protection de l'environnement.