Dordogne : les terres agricoles noyées sous des pluies diluviennes
Du 9 au 15 février, la Dordogne a subi un véritable déluge avec l'équivalent de deux mois de précipitations concentrés sur une seule semaine. Cet épisode pluvieux exceptionnel a provoqué des dégâts considérables dans les champs, tandis que les exploitants agricoles s'inquiètent profondément pour leurs semis de printemps.
Des sols saturés et des tracteurs à l'arrêt
Les sols sont gorgés d'eau à cause des pluies continues qui se sont abattues sur le département ces derniers jours. Les tracteurs restent immobilisés sous les hangars, incapables de circuler dans des champs transformés en véritables marécages.
Thomas Troivaux, maraîcher sur 3,5 hectares au lieu-dit Le Chambon à Marsac-sur-l'Isle, tente de garder une attitude positive : « Moi, j'ai de la chance car je récolte déjà tout à la main ». Grâce à ses productions sous serres, cet agriculteur parvient tant bien que mal à continuer à fournir les deux marchés hebdomadaires de Périgueux.
La tempête Nils frappe les cultures protégées
Mais cette chance a ses limites. Dans la nuit du 11 au 12 février, la tempête Nils a arraché deux de ses tunnels de protection. Depuis cet incident, les fèves et les épinards qu'il cultivait trempent dans l'eau qui ne cesse de tomber. Leurs feuilles jaunissent visiblement, signe d'un stress hydrique important.
« Il va falloir vite remettre les bâches plastiques pour ne pas tout perdre et pouvoir préparer les semis de printemps », explique le maraîcher, conscient que chaque jour de retard compromet davantage sa saison agricole.
L'appauvrissement des sols et le retard des plantations
Des terres lessivées par les intempéries
Pour Geert Schoenmakers, maraîcher à la ferme Corne d'abondance à Serres-et-Montguyard, les aléas climatiques sont presque devenus la norme. Il relativise cependant : « On cultive en plaine, sur des terres sableuses, très filtrantes. L'eau n'a pas stagné ».
Mais cet agriculteur bio s'inquiète sérieusement de l'appauvrissement de ses sols causé par le lessivage de la matière organique. Ce phénomène pourrait impacter durablement le développement des cultures printanières, qui ne pourront pas être mises en place dans les délais habituels.
« On attend que la terre se réchauffe, même sous serres, pour pouvoir planter des pommes de terre… On prend du retard », constate-t-il avec amertume.
La récolte manuelle pour sauver les légumes-racines
À Bergerac, sur une exploitation située près de la rivière Dordogne, la famille Arnouilh partage les mêmes inquiétudes. Ils craignent particulièrement l'excès d'eau pour leurs légumes-racines.
« Ça baigne encore à certains endroits. On est obligé de récolter à la main les carottes et les navets sous peine de les voir pourrir en pleins champs », explique l'exploitante de la ferme maraîchère Terroir de Franchement.
Cette récolte manuelle doit se faire rapidement pour éviter le pourrissement des légumes qui ont du mal à se développer dans des sols complètement saturés d'eau.
120 millimètres d'excédent d'eau : un record inquiétant
Des données climatiques alarmantes
Nicolas Fédou, chargé de mission climat à la Chambre d'agriculture, estime à 120 mm l'excédent de pluie pour le début d'année par rapport aux normales saisonnières.
« Bon an mal an, il tombe une centaine de millimètres d'eau en janvier ; là, les cumuls de pluie ont excédé en moyenne les 220 mm. Du 9 au 15 février, on a vu tomber l'équivalent de deux mois de pluie sur une seule semaine », précise l'expert.
Des conséquences désastreuses sur toutes les cultures
Les conséquences de ces précipitations exceptionnelles sont multiples et préoccupantes :
- Impact sur les légumes de plein champ qui souffrent d'asphyxie racinaire
- Risques pour les céréales d'hiver dont les racines sont noyées
- Retard généralisé dans les semis et plantations de printemps
- Appauvrissement des sols par lessivage des nutriments
« Les terres sont gorgées d'eau et les racines sont asphyxiées », résume Nicolas Fédou, soulignant la gravité de la situation.
Un changement climatique déjà perceptible
Des cycles climatiques de plus en plus extrêmes
Cette situation n'étonne pas l'expert qui suit de près les données climatiques de ces dernières années. « Depuis deux ou trois ans, on voit se dessiner une alternance de saisons humides et de saisons sèches. Pour l'agriculture, il n'y a rien de pire que ces cycles climatiques où il y a trop ou pas assez d'eau ».
Les risques à venir pour les arbres fruitiers
Nicolas Fédou redoute particulièrement les effets conjoints de l'excès d'eau et de la douceur des températures annoncées pour les prochains jours.
« Les arbres fruitiers pourraient fleurir avec un mois d'avance et le risque de gel est toujours là. On a quitté un climat tempéré pour entrer dans quelque chose de plus chaotique », prévient-il.
Cette analyse souligne la vulnérabilité croissante du secteur agricole face aux bouleversements climatiques, avec des épisodes extrêmes qui se multiplient et perturbent profondément les cycles culturaux traditionnels.



