Colère des agriculteurs : dix mois de prison avec sursis requis contre Jean-Luc Bergounhe
Jean-Luc Bergounhe, membre actif de la Coordination rurale de Lozère, a comparu ce jeudi 12 mars 2026 devant le tribunal correctionnel de Mende. Le militant agricole de 64 ans devait répondre de deux chefs d'accusation : entrave à la circulation des véhicules sur une voie publique et mise en danger d'autrui par violation délibérée d'une obligation réglementaire de sécurité.
Le contexte du blocage de Barjac
Les faits reprochés remontent au 7 janvier dernier, lors d'un important blocage organisé à Barjac, à l'intersection entre la RN88 et la RD808. Cette action s'est déroulée en pleine crise de la dermatose nodulaire contagieuse bovine, qui avait provoqué une forte mobilisation des agriculteurs en décembre 2025 et janvier 2026.
L'opération a été menée sans déclaration préalable et dans des conditions météorologiques particulièrement difficiles, avec de la neige et du verglas sur les routes. Le barrage avait été installé à 16h20, créant une situation complexe pour la circulation dans ce secteur.
Un accident qui aurait pu tourner au drame
Le dossier comprend une constitution de partie civile qui fait état d'un accident survenu peu après l'installation du barrage. Vers 17h, une automobiliste circulant sur la RD808 en direction de Mende avec quatre enfants à bord a tenté de faire demi-tour pour éviter le blocage.
"La voiture s'est retrouvée en contrebas d'une route enneigée," a détaillé Yves Gallego, président de l'instance concernée. "Le véhicule s'est mis à glisser avant de s'arrêter. Après avoir actionné le frein à main, la voiture a commencé à reculer. La conductrice a essayé de la retenir mais s'est fait percuter par la portière."
Sa fille, toujours à l'intérieur du véhicule, a réussi à sauter à temps. La mère de famille a subi des blessures nécessitant sept jours d'arrêt de travail, selon les éléments du dossier.
Les arguments de la défense et du parquet
Lors des débats, l'avocat de Jean-Luc Bergounhe, Me Alain Dibandjo, a contesté la responsabilité de son client dans cet incident. "C'est inscrit dans le document fourni par le procureur de la République," a-t-il argumenté. "Elle a pris la décision de faire demi-tour, elle ne connaissait pas la route. Elle a fait confiance à son GPS. C'était donc une décision individuelle."
Le procureur de la République Valéry Morron a quant à lui requis dix mois de prison avec sursis contre le militant syndical, ainsi qu'une suspension du permis de conduire de six mois. Les juges devront déterminer si Jean-Luc Bergounhe peut être tenu pour responsable des mésaventures de l'automobiliste.
Un soutien massif des camarades agriculteurs
Bien que seul à la barre, Jean-Luc Bergounhe n'était pas isolé dans l'enceinte du tribunal correctionnel de Mende. Des dizaines de ses camarades de la Coordination rurale de Lozère étaient présents pour lui apporter leur soutien, témoignant de la solidarité qui unit les agriculteurs dans ce conflit.
Ces mêmes militants avaient mené de nombreuses actions ensemble lors de la crise de la dermatose nodulaire contagieuse bovine, avec un pic d'activité entre décembre 2025 et janvier 2026.
La décision attendue pour le 2 avril
Le tribunal a mis l'affaire en délibéré et rendra sa décision le jeudi 2 avril 2026 à 13h30. Cette affaire intervient dans un contexte de tensions persistantes dans le monde agricole, où les actions de blocage et de manifestation restent des moyens de pression fréquemment utilisés.
Le débat technique, fondé sur la jurisprudence, les éléments du dossier et la procédure pénale, a occupé une place centrale dans les échanges entre la défense et le parquet. Les juges devront maintenant peser chaque argument avant de rendre leur verdict.



