Dermatose nodulaire : les éleveurs dénoncent l'acharnement de l'État et réclament un assouplissement du protocole
Dermatose nodulaire : les éleveurs contre l'acharnement de l'État

Dermatose nodulaire : les éleveurs dénoncent l'acharnement de l'État et réclament un assouplissement du protocole

Après une campagne de vaccination massive contre la dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC), le syndicat agricole ELB monte au créneau. L'organisation demande un allégement significatif du protocole sanitaire en cas de nouvelle contamination et dénonce avec force ce qu'elle qualifie d'acharnement des autorités et de mesures coercitives inadaptées à la réalité du terrain.

Un éleveur témoigne : « Nous avons joué le jeu »

Comme de nombreux agriculteurs des Pyrénées-Atlantiques, Michel Curutchet a observé l'approche des cas de dermatose nodulaire avec une inquiétude grandissante. Éleveur bovin et de volailles à Saint-Jean-le-Vieux, il n'a pas hésité une seconde lorsque la campagne vaccinale a été lancée. Aujourd'hui, lui et le syndicat ELB regrettent amèrement la position inflexible de l'État qui maintient l'abattage total des troupeaux si un seul cas se déclare.

« Nous avons joué le jeu, affirme l'agriculteur. À l'État de faire de même désormais. » Michel Curutchet pointe du doigt les pressions et les mises en demeure exercées contre ceux qui refusent de vacciner leur cheptel. Une position qu'il ne condamne pas, expliquant : « Tout est allé très vite et nous n'avons pas de recul sur ce vaccin. J'ai moi-même constaté des effets secondaires sur mes vaches comme l'apparition de grosseurs et je sais qu'il peut notamment y avoir des risques d'infertilité. »

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La préfecture défend la vaccination et annonce des sanctions

Face à ces critiques, la préfecture rappelle avec fermeté la nécessité absolue de la vaccination pour éviter un retour en force du virus. « Le refus de quelques éleveurs peut fragiliser les efforts de tous », insiste-t-elle. Pour preuve, deux nouveaux foyers ont été signalés le 3 mars en Aragon, en Espagne, près de la frontière française. Ces foyers concernaient exclusivement des troupeaux non vaccinés. Les animaux ont été abattus et une zone réglementée a été immédiatement mise en place, s'étendant jusqu'à certaines communes des Hautes-Pyrénées.

« Ces événements rappellent une réalité simple : la vaccination reste indispensable. Les éleveurs qui ne l'ont pas encore faite doivent agir sans délai pour éviter toute installation durable », martèle la préfecture. Depuis fin mars, des sanctions pénales ont été instaurées pour renforcer le dispositif : des contraventions pouvant atteindre 750 euros par bovin pour non-respect des mesures sanitaires, et jusqu'à 1 500 euros pour non-respect d'une mise en demeure.

Le syndicat ELB conteste : « L'immunité est acquise »

Pour le syndicat ELB, ces réponses coercitives ne devraient plus être à l'ordre du jour. L'organisation agricole avance un argument de poids : avec 75 % de bovins vaccinés dans 95 % des cheptels du département, « l'immunité est acquise ». Le représentant du syndicat met également en garde contre les conséquences désastreuses de l'abattage total des troupeaux, une mesure toujours en vigueur. Cette politique pourrait avoir un impact significatif et durable sur la population bovine française, déjà en grande difficulté.

Selon les chiffres fournis par ELB via Michel Curutchet, la France a enregistré seulement 200 000 naissances bovines l'année dernière, un chiffre alarmant qui souligne la fragilité du secteur.

« On a un train de retard » face aux maladies vectorielles

« Pour moi, on a un train de retard », déclare sans ambages Michel Curutchet. « L'État réagit une fois que la maladie est là avec des mesures très répressives. On éteint le feu avec un pichet d'eau et si on continue comme cela, on se retrouvera sans rien. » L'éleveur fait ici référence au changement climatique et à la multiplication inéluctable des maladies vectorielles, transmises par les insectes.

Il illustre son propos : « Regardez, nous sommes au mois de mars et on se retrouve déjà avec plein de mouches. Ces bestioles ne vont plus disparaître en hiver, donc on va forcément assister à leur prolifération et à un risque accru de contamination. » Pour lui, il est urgent d'adopter une nouvelle approche.

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« Apprendre à vivre avec » la maladie

« Je pense qu'il faut apprendre à vivre avec car l'abattage a davantage fait de mal que la maladie elle-même », poursuit l'agriculteur. Il partage l'exemple concret d'un confrère des Pyrénées-Orientales dont une vache contaminée allait déjà mieux le jour où elle a dû être abattue. « Il faut dire stop à cet acharnement et cette politique d'éradication », plaide-t-il.

La préfecture, quant à elle, rappelle que la DNC reste une maladie virale grave qui affecte fortement la santé des bovins et peut entraîner leur mort, justifiant la vigilance des autorités.

Des conclusions attendues en juin

L'État se montre néanmoins ouvert à la discussion. Les mesures actuelles sont susceptibles d'être adaptées. « La stratégie nationale est définie après consultation du Conseil national d'orientation de la politique sanitaire animale et végétale », explique-t-on. À la demande de la ministre de l'Agriculture, une expertise est en cours pour étudier une alternative à l'abattage total des troupeaux infectés, dans le contexte nouveau d'une vaccination généralisée. Les conclusions de cette étude sont attendues pour le mois de juin.

Michel Curutchet conclut par un avertissement sans équivoque : « Avec la vaccination, on avait espoir que les règles s'assouplissent. Si rien ne change, ce n'est pas dit qu'on rejouera le jeu une seconde fois si un autre épisode venait à se reproduire. » Une position ferme qui pourrait bien évoluer en fonction des directives que les autorités établiront dans les prochains mois.