Une filière en pleine tourmente
La crise du cognac secoue profondément la région charentaise, avec des répercussions sur tous les maillons de la filière. Les viticulteurs doivent impérativement se déclarer candidats avant le vendredi 6 mars pour bénéficier des deux dispositifs d'aide à l'arrachage disponibles. Cette date butoir marque un tournant crucial pour de nombreuses exploitations confrontées à des difficultés économiques majeures.
Des aides exceptionnelles pour l'arrachage définitif
Le premier plan, national, est géré par FranceAgriMer et dispose d'une enveloppe de 130 millions d'euros. Il prévoit une prime de 4 000 euros par hectare arraché. Le second dispositif, régional, a été élaboré par le Bureau national interprofessionnel du cognac (BNIC). Il offre une surprime supplémentaire de 6 000 euros aux bénéficiaires du plan national. Le BNIC insiste sur le caractère exceptionnel de ces aides, précisant que « la possibilité d'obtenir des aides de ce niveau-là pour de l'arrachage définitif ne se représentera très probablement plus au cours des années qui viennent ».
Verallia réduit ses capacités de production
L'impact de la crise se fait également sentir dans l'industrie verrière. Le 17 février, Verallia a annoncé l'arrêt du four n°2 de son usine de Châteaubernard et la suppression d'une soixantaine d'emplois en Charente. La direction évoque une « adaptation ciblée de ses capacités de production » face à la crise des vins et spiritueux. La CGT, sonnée par cette décision, dénonce une « opération de casse industrielle et sociale ».
Le syndicat a diffusé une lettre ouverte appelant les opérateurs industriels locaux à « bâtir un véritable projet de filière ». Dominique Spinali, délégué syndical central, lance un appel pressant : « Ensemble, travaillons à un véritable made in Cognac. Si nous ne le faisons pas, nous détruirons progressivement notre bassin d'emplois ». La CGT accuse certaines grandes maisons de négoce de s'approvisionner à l'étranger, citant notamment Hennessy, qu'elle estime ne pas jouer pleinement le jeu du territoire.
Le SMC met en lumière les femmes de la filière
Dans un contexte difficile, le Syndicat des maisons de cognac (SMC) a choisi de valoriser la place des femmes dans la filière. Jusqu'au 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, l'instance met en valeur deux à trois femmes chaque jour sur LinkedIn. Les portraits présentent des parcours professionnels sans mention des noms de famille, avec des informations strictement professionnelles.
Tatiana Métais, directrice du SMC, explique : « Toutes ces femmes œuvrent à l'excellence de la filière. Notre initiative valorise la présence féminine tout au long de la chaîne de valeur du cognac ». Cette démarche contraste avec la composition du comité permanent du BNIC, où une seule femme siège parmi dix-sept hommes, soulignant les progrès restant à accomplir en matière de parité.
Renouvellement syndical à l'UGVC
L'Union générale des viticulteurs pour l'AOC cognac (UGVC) entame un processus de renouvellement de ses instances. Les adhérents sont appelés à désigner leurs délégués dans les cinq crus des deux Charentes par scrutin électronique ouvert du 23 février au 23 mars. Ce processus permettra de doter le syndicat de 104 à 520 représentants de proximité répartis dans 26 circonscriptions.
Les nouveaux délégués, élus pour trois ans, composeront la future assemblée générale qui désignera une partie du conseil d'administration au printemps. Un nouveau président sera élu avant l'été, Anthony Brun ne pouvant briguer un troisième mandat consécutif. Pour la première fois, les candidats ont rédigé des professions de foi consultables en ligne.
Martell en difficulté sur le marché chinois
Les difficultés de la filière se reflètent dans les résultats financiers des grands groupes. Pernod-Ricard, propriétaire du cognac Martell, a publié des données décevantes pour le premier semestre 2025-2026. Le chiffre d'affaires baisse de 14,9%, avec des ventes de Martell qui reculent de 8% en volume et de 17% en valeur.
Le groupe note un « fort recul » du cognac Martell en Chine, compensé partiellement par une « forte croissance » en Afrique du Sud, au Nigeria et aux États-Unis. Alexandre Ricard, PDG de Pernod-Ricard, se dit néanmoins « confiant dans les fondamentaux attractifs de son industrie » malgré ce contexte difficile.
La CFTC analyse les causes structurelles de la crise
La Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) consacre un long article à la situation économique en Charente. Dans une interview croisée, Olivier Paquet (Rémy Martin) et Stéphane Tallon (ancien salarié des Bouchages Delage) expliquent que « la filière traverse une crise sans précédent, du fait de la surenchère douanière conjointement menée par les États-Unis et la Chine ».
Olivier Paquet précise que chez Rémy Martin, les partenaires sociaux ont « négocié le déploiement de l'activité partielle jusqu'en juin 2025, afin de sécuriser l'emploi et de s'assurer qu'aucun PSE ne soit déployé ». Cette analyse syndicale, largement diffusée sur les réseaux sociaux, met en lumière les défis structurels auxquels fait face l'ensemble de la filière cognac.



