Mardi 21 juillet, 14 h 34 précises, un vieux 4x4 rouge de marque Cournil traverse le pont de Brignon enjambant le Gardon. La rivière, à cet endroit, est déjà à sec, victime des fortes chaleurs de cet été caniculaire. Après le pont, le véhicule tourne à gauche et se gare dans un pré à une centaine de mètres, un pré très utilisé pour les abrivado et autres lâchers de taureaux.
Un taureau de 15 ans en liberté
C’est justement un taureau de Camargue qui occupe les dernières journées d’Éric Osty, conducteur du Cournil. Cet ancien employé de la manade Aubanel, aujourd’hui à la retraite, passe une grande partie de son temps libre (et ce depuis au moins quarante ans) à traquer et attraper les taureaux d’élevage échappés dans la nature. Ce mardi, il vient chercher un taureau de 15 ans qui avait pris la clef des champs lors de la fête votive du village à la mi-juillet.
Pendant dix jours, Éric et des amis ont suivi l’animal à la trace, entre Brignon et Ners. « On a su dimanche où il s’était installé, et on a mis des nasses. On a vu ce matin que l’une d’elles a fonctionné », raconte Éric.
Une équipe mobilisée
Cette fois-ci, six cavaliers, dont des gardians de la manade propriétaire de l’animal, et tout autant de jeunes hommes et femmes à pied sont venus prêter main-forte. La grande partie du groupe ne semble pas avoir plus de 30 ans. « D’habitude, on n’est pas autant », souligne Éric. Mais il réalisera, plus tard, que la présence des chevaux aura été salvatrice.
Par un malheureux hasard, l’animal, qui était relié à un arbre par un lasso, réussit à s’échapper juste avant d’être saisi. S’ensuit une poursuite effrénée de part et d’autre du lit du Gardon. Malgré un déploiement de toute l’équipe, plusieurs, au bout de trois quarts d’heure, craignent de l’avoir perdu à nouveau.
Un sauvetage in extremis
La chance tourne grâce à “JB”, l’un des attrapeurs venu à pied, formé à la traque du taureau par Éric. « Je me suis souvenu d’un trou où il était déjà passé. On y est allé, j’ai vu la trace d’un lasso, puis j’ai senti une forte odeur d’urine, puis on a vu sa tête qui dépassait les herbes. Puis il est parti et il a longé le Gardon », explique JB.
Sorti de sa nouvelle cachette, le taureau est très vite repéré dans le lit du Gardon par des cavaliers postés. L’un d’entre eux réussit à l’attraper au lasso. Très vite épaulé par les coureurs à pied, l’animal est traîné à l’ombre au bord du lit de la rivière. Couché, plaqué au sol par cinq costauds, les pattes vite saucissonnées dans des cordes, l’animal n’a plus qu’à attendre. Il porte encore les cuirs englobant ses cornes, posées pendant la fête.
Un retour sans blessure
Par sécurité, l’animal, qui n’a pas été blessé durant sa cavale, est solidement attaché derrière le Cournil d’Éric. Le tout-terrain a enjambé les broussailles pour rejoindre le lit du Gardon. Mais juste avant de retourner à la bétaillère, Éric donne à boire et rafraîchit la tête de l’animal, lui aussi écrasé par la chaleur. Au pas doux, au rythme de l’animal, le groupe retourne au pré de départ.
Pour Éric, « on ne s’en est pas trop mal sorti. Un taureau en liberté comme ça peut être dangereux, surtout avec les routes à côté ». Le sexagénaire est souriant : « Heureusement, aujourd’hui, que le taureau a été attrapé par des jeunes qui apprennent et qui ont compris qu’il ne faut pas courir après le taureau comme des fous. »



