La Coordination rurale 17 affirme son poids grandissant dans le paysage agricole
Ce vendredi 27 mars, la Coordination rurale 17 a tenu son assemblée générale dans la salle polyvalente de Préguillac, au sud de Saintes en Charente-Maritime. L'événement a marqué la consolidation d'une organisation qui s'est imposée comme un acteur incontournable sur l'échiquier syndical agricole départemental.
Une transformation remarquable en quelques années
Stéphane Palissier, coprésident de la Coordination rurale 17, se souvient d'un passé récent où l'avenir du syndicat semblait incertain. « Quand Thierry Boucard, mon prédécesseur à la présidence charentaise-maritime, s'est retiré, la petite chambrée des présents s'est interrogée sur l'avenir. On s'est dit qu'on devait peut-être arrêter le syndicat. Finalement je me suis proposé, il n'y avait pas grand monde », raconte-t-il avec franchise.
Cette époque d'anonymat est désormais révolue. En janvier 2025, lors du renouvellement des Chambres d'agriculture, la Coordination rurale est arrivée en tête dans le collège des chefs d'exploitation en Charente-Maritime. Pour une poignée de voix seulement, elle a supplanté l'alliance traditionnellement toute-puissante entre la FNSEA et Jeunes Agriculteurs.
Une croissance spectaculaire des adhérents
Hubert Ellie, qui a rejoint Stéphane Palissier à la coprésidence l'an passé, témoigne de cette dynamique impressionnante. Avant le renouvellement des cotisations qui coïncide avec l'assemblée générale, la Coordination rurale 17 revendiquait 135 adhérents. « On a doublé par rapport à 2024. Aujourd'hui, on va encore monter. Ce soir, on est 170 à table. C'est du jamais vu », se réjouit-il avec enthousiasme.
Cette croissance accompagne la notoriété grandissante du syndicat au plan hexagonal. Bertrand Venteau, président national du syndicat porté par sa frange radicale, est d'ailleurs venu de la Haute-Vienne, où il préside également la Chambre d'agriculture. La présence du député PS de la troisième circonscription de Charente-Maritime, Fabrice Barusseau, ainsi que des représentants de l'État, confirme que la Coordination rurale a gagné sur le front de la légitimité politique.
Les raisons d'un succès grandissant
La Coordination rurale 17 a su capitaliser la rancœur de la corporation agricole en mettant en avant plusieurs positions claires :
- Le refus frontal des traités de libre-échange
- La dénonciation de la concurrence déloyale imposée sur de nombreux produits agricoles
- La défense de la création de « réserves de substitution » (les bassines)
« Les gens ne se retrouvent plus dans les anciens syndicats qui ne nous défendent pas. Ils ont envie de changement », analyse Hubert Ellie, pointant implicitement du doigt la FNSEA.
Des actions qui marquent les esprits
Dans le département, la virulence du conflit sur la création de réserves d'eau a également servi le syndicat, qui s'oppose frontalement au mouvement écologiste sur cette question. La position de la Coordination rurale 17 est limpide : il faut faciliter la création de réserves en pompant l'eau l'hiver pour la mettre à disposition des irrigants l'été.
L'irruption de la géopolitique moyen-orientale dans le quotidien des agriculteurs ne va pas calmer les esprits. Avec la guerre en Iran, le prix du gasoil agricole, pourtant détaxé par rapport au gazole des particuliers, a bondi. « Des gouvernements voisins parviennent à faire des gestes sur la fiscalité, en Espagne et en Italie, pas nous. Et là on parle des agriculteurs comme des marins-pêcheurs ou des automobilistes. C'est un sujet majeur », poursuit Hubert Ellie.
Des méthodes assumées mais controversées
En janvier dernier, les troupes de la Coordination rurale 17 avaient pris pour cible le dépôt pétrolier de la Pallice, à La Rochelle. Ses accès avaient été bloqués 48 heures durant par des tracteurs, avant une intervention dans le calme des CRS. Les revendications étaient alors portées à incandescence par la signature imminente du traité de libre-échange entre l'Union européenne et les pays du Mercosur.
Brice Blondel, le préfet de Charente-Maritime, s'était déplacé pour un long échange, parfois houleux, avec les manifestants. La Coordination rurale 17 assume ce type de méthodes mais refuse le terme de « violences » qui lui est accolé. « On a fait des actions à Rochefort et à Surgères, c'est vrai, mais on n'a rien détérioré. Bien sûr on a déversé du foin et des pneus, mais je n'appelle pas ça des détériorations », argumente Hubert Ellie.
Les associations qui étaient visées, la LPO à Rochefort et Nature environnement 17 à Surgères, ne partagent pas cet avis. Elles n'ont guère goûté les têtes de sanglier qui décoraient leurs accès au matin du 11 décembre. Pour la convergence des luttes contre le capitalisme financier décliné par l'agro-industrie, il faudra manifestement attendre encore quelque temps.



