Cognac : une campagne de distillation écourtée par une récolte modeste
La campagne de distillation 2025-2026 s'est achevée de manière anticipée dans la région du cognac, où tous les alambics sont désormais éteints. Contrairement aux années fastes où les distillateurs exploitent chaque minute jusqu'à la date limite réglementaire du 31 mars, cette saison a été marquée par un arrêt précoce des chaudières, certaines ayant même cessé de fonctionner dès fin janvier.
Une récolte réduite de moitié
Les professionnels n'avaient que 6,77 millions d'hectolitres de vins blancs à distiller, soit près de deux fois moins que lors de la campagne 2023-2024 qui avait dépassé les 12 millions d'hectolitres. Cette faible quantité provient de 87 648 hectares de vignes consacrées au cognac, répartis sur 4 251 exploitations viticoles principalement situées en Charente-Maritime et en Charente.
Aude Drounau, présidente du Syndicat des bouilleurs de profession du cognac et dirigeante de la Distillerie de Gironde à Javrezac, souligne que « avec la crise et la faiblesse du rendement commercialisable, il n'est pas certain que tout ce volume ait été passé en chaudière ». Les déclarations de fabrication apporteront bientôt des précisions sur les volumes réellement distillés.
Une rentabilité mise à mal
Les 120 distillateurs professionnels et les 1 200 viticulteurs équipés d'alambics de la région font face à des difficultés économiques croissantes. « Les plans de charge des distilleries sont souvent insuffisants pour couvrir les frais engagés », explique Aude Drounau, qui ajoute que « en deçà d'un certain volume à brûler, allumer un alambic n'est plus rentable ».
La situation est aggravée par la frilosité des banques qui demandent davantage de garanties pour financer les campagnes de distillation. Les professionnels réfléchissent à des mutualisations d'outils de production pour optimiser les coûts, avec l'idée de regrouper deux ou trois distilleries pour faire fonctionner un seul site à plein régime.
L'impact de la flambée énergétique
La hausse des prix du gaz, accentuée par les conflits au Moyen-Orient, préoccupe particulièrement les distillateurs qui doivent renégocier leurs contrats avec les fournisseurs. D'ordinaire, une campagne consomme environ 560 gigawatt-heures, équivalant à la consommation annuelle d'une ville de 50 000 foyers comme Pau ou Pessac. Cette année, la consommation a été moindre, ce qui présente un aspect positif pour le bilan carbone de la région.
Le long chemin vers le cognac
Il est important de rappeler que le distillat obtenu, contenant 68 à 72% d'alcool, ne devient cognac qu'après un vieillissement minimum de deux ans en fût de chêne. C'est au contact du bois, dans le silence des chais, que l'eau-de-vie acquiert ses arômes caractéristiques et sa belle couleur ambrée.
Une étude commandée à un cabinet spécialisé déterminera les seuils d'équilibre des entreprises selon leur profil. Les résultats seront présentés en primeur aux adhérents du syndicat lors de la prochaine assemblée générale, tandis que la profession cherche des solutions pour préserver sa rentabilité face à ces défis multiples.



