Vingt ans après le début du chantier de dépollution, l’ancien site pétrolier de la presqu’île de Balaruc-les-Bains, propriété de la Raffinerie du Midi (groupe Total), n’est toujours pas dépollué. Cette situation bloque les projets de réaménagement du territoire, notamment celui du port Suttel, situé à l’entrée de la commune, où un camp de fortune s’est installé.
Un port à l’abandon
Boris, un habitant de Balaruc-les-Bains, passe régulièrement par le port Suttel. Lors de sa dernière sortie, il a été frappé par l’état des lieux : « À certains endroits, c’est un vrai bidonville. Des pneus, des carcasses de bateaux, des palettes, des véhicules épaves et même une caravane transformée en poubelle géante. » Certains bateaux de la petite marina sont devenus des abris de fortune pour des sans-abri. Boris raconte avoir vu un homme se soulager dans l’étang. Il n’a pas osé s’aventurer plus loin, se sentant observé.
Le port Suttel n’appartient pas à la Ville, mais à la Raffinerie du Midi, dont les actionnaires majoritaires sont Total Marketing France, ESSO SAF et Petroplus Marketing France. Fondée en 1883, l’activité de raffinage a cessé en 1903, puis le stockage en 1993. Le site, démantelé, s’étend sur huit hectares entre la RD2, l’avenue de la Gare et l’étang de Thau. Un camp de fortune s’y est constitué, avec des déchets et encombrants à fort risque d’incendie.
La Ville affirme que la police municipale intervient régulièrement et que des bateaux abandonnés sont enlevés après mise en demeure, mais que ce secteur n’est pas de sa compétence. Depuis 2008, la municipalité cherche à réaménager les huit hectares de l’ancienne raffinerie, incluant le port. Le maire, Gérard Canovas, explique vouloir réaliser une nouvelle voie de sortie vers Sète, hors zone inondable, pour désenclaver la presqu’île et sécuriser le quartier de la Gare.
Un chantier de dépollution interminable
Les travaux de dépollution aux hydrocarbures ont débuté en 2004. En août 2004, les excavations sont stoppées à cause de fortes odeurs ressenties par les riverains, privant une quarantaine de familles d’eau potable jusqu’en mai 2006. En novembre 2008, un nouveau protocole permet la reprise des excavations, avec 2 500 tonnes de terres polluées retirées. En 2010, une phase de bioventing (oxygénation des sols) est lancée pour deux ans, mais son efficacité limitée est constatée en 2012, nécessitant l’excavation de plus de 3 000 tonnes supplémentaires.
En 2021, une dernière phase est lancée, utilisant de nouvelles techniques adaptées à la présence d’un massif calcaire. À ce jour, 13 000 tonnes de terre ont été retirées. En 2024, la Ville espère voir la fin du chantier après un contrôle de la Dreal, mais des prélèvements révèlent des seuils de pollution résiduelle aux hydrocarbures dépassant les limites autorisées dans la pinède. En novembre, la préfecture annonce la poursuite des travaux. La Raffinerie du Midi doit présenter un calendrier, mais rien n’a été communiqué.
Un projet d’aménagement bloqué
Le projet municipal prévoit une nouvelle route, deux parkings relais (dont un silo de 540 places), la réorganisation du port Suttel avec pontons flottants, une capitainerie, une aire de carénage, des espaces publics, des cheminements piétons et la préservation des espaces forestiers. Le coût est estimé à 11 millions d’euros, plus 2 millions pour la dépollution complémentaire. Les études ont coûté 200 000 euros. Mais tout est en stand-by tant que les travaux de dépollution ne sont pas terminés et validés par un arrêté préfectoral. La Ville ne peut pas non plus acheter les terrains de l’industriel. En attendant, le port continue de se dégrader.



