Arrachage des vignes : l'Occitanie, région la plus touchée
Arrachage des vignes : l'Occitanie la plus touchée

L'Occitanie est la région la plus touchée par l'arrachage des vignes en France. Sur les 28 000 hectares qui ont été ou seront arrachés en 2026 au niveau national, plus de la moitié se concentrent en Occitanie, dans la partie Languedoc-Roussillon. Cette mesure, destinée à lutter contre la surproduction et la hausse des coûts, concerne principalement l'Aude, le Gard, l'Hérault et les Pyrénées-Orientales.

Un phénomène qui s'intensifie face à la baisse de la consommation

La consommation de vin, notamment de rouge, ne cesse de diminuer, et les prix de vente ne suivent pas. Dans ce contexte de surproduction, atténué ces trois dernières années par la sécheresse, l'ensemble du vignoble français réduit sa surface. On cultivait 2,6 millions d'hectares à la fin du XIXe siècle, 1,5 million en 1950, et moins de 800 000 hectares aujourd'hui.

Au niveau national, 4 % du vignoble a été ou sera arraché en 2026, soit 28 000 hectares. Parmi ces surfaces, 28 % se trouvent en Gironde, le département le plus touché, 16 % dans l'Aude, 12 % dans le Gard, 10 % dans l'Hérault et 7 % dans les Pyrénées-Orientales. 65 % de ces surfaces sont en AOP. Depuis quatre ans, 67 000 hectares ont été arrachés dans la partie Languedoc-Roussillon de l'Occitanie.

Une prime jugée insuffisante par les viticulteurs

Le plan d'arrachage, doté de 130 millions d'euros et financé par le ministère de l'Agriculture, avait été calibré pour arracher 32 500 hectares. Les candidats touchent 4 000 euros par hectare supprimé et s'engagent à ne pas replanter de vignes pendant au moins six ans. Cette prime est jugée insuffisante face au prix du foncier, qui avoisinait les 10 000 euros l'hectare avant la crise.

L'Aude est le département le plus touché en surface arrachée, en raison des sécheresses successives qui l'affectent, ainsi que les Pyrénées-Orientales. Damien Onorré, président du syndicat des vignerons audois, souligne : « Sur les deux dernières campagnes, on a arraché près de 10 000 hectares, plus de 15 % du vignoble. On paye le prix de l'inaction de nos politiques à tous les échelons sur des points cruciaux. » Il évoque notamment le manque d'irrigation : « Les endroits non rentables sont ceux qui ne sont pas irrigués. Ça fait 20 ans que j'entends parler d'Aqua Domitia 2. Il faut des années pour que les projets aboutissent, les gens se dégoûtent. »

Des friches sources de problèmes et des initiatives pour y remédier

Dans le Gard, le pourcentage de surface cultivée arrachée est presque aussi élevé que dans l'Aude, près de 15 %. Cyril Marès, président du syndicat des Costières de Nîmes, relativise : « Nous sommes touchés comme tout le monde, mais peut-être moins que dans les Cévennes où il y a moins de ressource en eau. Il faut savoir que l'irrigation, pour la vigne, c'est rien, 60 mm par an, dix fois moins qu'en arboriculture. »

L'avenir des parcelles arrachées préoccupe. Guilhem Vigroux, vigneron à Villeveyrac et secrétaire général de la chambre d'agriculture de l'Hérault, s'inquiète : « L'ennui c'est que beaucoup finissent en friches, réservoirs pour les sangliers et combustibles pour les incendies. Le problème des terres incultes, c'est que personne n'en veut. En général, ce sont des parcelles non irriguées et presque toutes les cultures nécessitent de l'eau. Dans les faits, la plupart de ceux qui font de l'arrachage partiel gardent les terres en essayant de les entretenir comme ils peuvent. »

Dans les Pyrénées-Orientales, le préfet Pierre Regnault de la Mothe envisage de replanter des vignes coupe-feu. Après l'incendie géant de Trévillach, où près de 5 000 hectares ont été détruits et 12 000 personnes évacuées, les services de la préfecture ont réalisé début septembre un état des lieux des mesures de prévention. Le préfet a déclaré : « Le feu de Trévillach a montré que dans les villages où la vigne est restée présente, cette culture a permis de ralentir la progression du feu. À l'inverse, dans les communes les plus affectées par la déprise agricole, le feu a été plus difficile à contenir. »

La préfecture a lancé un appel à manifestation d'intérêt auprès des maires pour des projets de ceintures de protection, comme le pastoralisme ou la culture de vignes ou de chêne-liège. Sur 226 communes concernées, 101 ont déposé leur candidature pour bénéficier du soutien de l'État. Ces projets, financés par le fonds de réarmement agricole doté de 235 millions d'euros, concernent des parcelles nouvellement plantées.

Impact économique et emplois menacés

Deux profils se dégagent parmi les vignerons qui arrachent : ceux proches de la retraite qui arrêtent faute de repreneur, et ceux qui réduisent leurs coûts pour s'adapter à la demande. Guilhem Vigroux explique : « C'est un outil de pilotage des charges. Aujourd'hui un tracteur coûte 50 000 euros de plus qu'avant la guerre en Ukraine et le prix des engrais a quasiment doublé. Quand vous passez de 50 à 25 hectares, vous perdez un salarié. »

Certains syndicats estiment que 58 000 emplois directs et indirects vont disparaître avec ces plans. Damien Onorré ajoute : « De l'emploi mais aussi de la richesse. Dans l'Aude, 10 000 hectares arrachés à 5 000 € l'hectare de CA, faites le calcul… (50 millions en moins). Nos charges explosent et ça fait 30 ans que nos prix de vente n'ont quasiment pas bougé. Vous comprenez bien que ce n'est pas viable. »

Cyril Marès conclut : « L'arrachage est une solution sociale qui peut aider en ramenant de la trésorerie mais ce n'est pas une solution d'avenir. L'Italie, par exemple, refuse d'arracher et incite toutes les appellations à s'unir pour commercialiser et communiquer. Chez nous, au salon Wine Paris, il y a un pavillon entier de vins français mais pas de stratégie ni de célébrations communes. Il y a beaucoup à faire… »

Les vendanges encourageantes de cette année et les expériences de tunnel de prix qui se multiplient dans le secteur, pour faire remonter la rémunération des producteurs, offrent de timides perspectives sur ce paysage sinistré.