Une expérimentation inédite en Méditerranée pour revitaliser la conchyliculture
Dans l'Hérault, une initiative novatrice pourrait redonner espoir aux ostréiculteurs de la lagune de Thau, frappés par une interdiction de vente due à un virus. Le projet CoCoAlg, lancé par le Cépralmar en partenariat avec la Bretagne, explore la culture des macroalgues pour aider les huîtres, une première en Méditerranée.
Triple objectif : oxygénation, lutte contre les maladies et diversification
Ce projet vise à mieux oxygéner la lagune, offrir des solutions contre les pathologies affectant les coquillages et proposer une diversification économique via la production d'algues alimentaires. Élise Coste, chargée de mission au Cépralmar, souligne l'enthousiasme autour de cette démarche, notant que la Bretagne domine actuellement la production française d'algues, avec 99 % des 6 000 à 7 000 tonnes annuelles.
L'étang de Thau, qui concentre 90 % de la production d'huîtres en Méditerranée, est au cœur de l'expérimentation. Des tests en laboratoire débuteront avec l'espèce Pyropia, de la famille des Nori, déjà présente dans la lagune et utilisée dans les sushis. "Nous n'introduisons aucune espèce nouvelle, et tout est à construire sur le plan réglementaire", précise Élise Coste.
Interactions biologiques et enjeux climatiques
Une seconde phase testera la Gracilaria, une algue récupérée sur place et placée avec les huîtres pour étudier les interactions biologiques. L'oxygénation du milieu est cruciale, car les épisodes de malaïgue, causés par le réchauffement climatique et une baisse de l'oxygène, augmentent la mortalité des coquillages en été. "En ajoutant cette biomasse, nous espérons créer une bulle d'oxygène autour des tables conchylicoles et comparer les résultats avec et sans algues", explique la spécialiste.
Elle met cependant en garde contre une éventuelle compétition pour les nutriments, comme le phytoplancton, essentiel aux huîtres. Deux ostréiculteurs de Loupian participeront à l'expérience, tandis que la société Greensea évaluera le potentiel de molécules comme l'agar, utilisé dans les gels alimentaires.
Perspectives prometteuses et collaboration bretonne
Une troisième algue, Solieria chordalis, attire l'attention car une étude de l'Ifremer a montré son effet positif sur la réduction de la mortalité des juvéniles d'huîtres. Le comité régional de conchyliculture de Bretagne Nord, partenaire du projet, se penchera sur cette piste. D'autres espèces, comme Halopithys, aux propriétés antibactériennes, pourraient être étudiées ultérieurement.
Cette initiative s'inscrit dans un contexte difficile, la préfecture de l'Hérault ayant maintenu les restrictions sur la vente d'huîtres de Thau. CoCoAlg représente ainsi une lueur d'espoir pour une filière en quête de résilience face aux défis environnementaux et économiques.



