Nouvelle-Aquitaine : Les agriculteurs exigent la fin des politiques de l'eau qui les pénalisent
Agriculteurs Nouvelle-Aquitaine contre politiques de l'eau pénalisantes

Nouvelle-Aquitaine : Les agriculteurs montent au créneau contre les politiques de l'eau restrictives

La session de la Chambre régionale d’agriculture de Nouvelle-Aquitaine, tenue ce jeudi 26 mars à Mérignac sur le site du château Luchey-Halde, a été largement dominée par la question épineuse de la gestion de la ressource en eau. Les agriculteurs élus ont lancé un appel ferme pour que les politiques hydriques cessent de pénaliser leur secteur, affirmant que l'enjeu dépasse largement le cadre régional pour toucher à la souveraineté alimentaire nationale.

« L'agriculture doit être reconnue comme un secteur d'intérêt général majeur »

« Les politiques de l'eau doivent cesser de pénaliser l'agriculture et enfin reconnaître son rôle stratégique pour la Nation », a martelé avec force Bernard Layre, président de la Chambre régionale d’agriculture de Nouvelle-Aquitaine, depuis la tribune. L'eau, sujet prégnant de cette session et « pierre angulaire de l'action que s'est fixée la chambre régionale pour les six ans à venir », a tellement animé les débats qu'elle a fait déborder le planning initial du rendez-vous.

La présence du préfet de région Étienne Guyot et de la directrice de l’Agence de l’eau Adour-Garonne, Élodie Galko, a donné une dimension particulière aux échanges. Pour ancrer le débat dans un cadre juridique solide, la Chambre a fait appel à Caroline Hernandez-Zakine, consultante et docteure en droit de l’environnement. Elle a rappelé un changement législatif majeur : « La loi agricole du 24 mars 2025 a apporté un changement majeur : l’agriculture n’est désormais plus considérée comme un secteur parmi d’autres, mais comme un secteur d’intérêt général majeur, au même titre que la biodiversité, l’eau et que la santé publique. »

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Elle a insisté sur le fait que les politiques publiques doivent désormais protéger l'agriculture en tant que telle et respecter le principe de proportionnalité. Concrètement, cela signifie que le Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (Sdage) doit intégrer cet intérêt général majeur, en sécurisant la ressource en eau pour l’agriculture et en mobilisant de nouvelles ressources, sans restreindre de manière excessive les capacités de production.

Des chiffres qui illustrent un paradoxe régional

Cette « mise au point juridique » a nourri les arguments des agriculteurs présents. Bernard Layre a rappelé un paradoxe saisissant : « En Nouvelle-Aquitaine, sur 60 milliards de m³ de précipitations annuelles, 36 milliards vont se faire saler à la mer, seuls 1,15 % sont prélevés pour l’agriculture régionale. Pourtant, les restrictions et les contraintes croissantes liées à l’usage de l’eau impactent la capacité à produire et réduisent le nombre de surfaces. »

Un collègue de la Chambre des Landes a ajouté une projection alarmante : « Les objectifs de baisse des volumes prélevables envisagées à 2027 (de 50 000 m³ par hectare irrigable à 35 000) conduiraient à balayer 15 000 hectares de terres irrigables du bassin-versant de l’Adour. »

Une motion adoptée, mais boycottée par la Coordination rurale

Pour enfoncer le clou, la Chambre régionale a adopté une motion exigeant que « l’intérêt général majeur de l’agriculture soit respecté, que la logique de restriction soit remplacée par une stratégie d’adaptation et que les projets hydrauliques soient simplifiés, sécurisés et accélérés. »

Cependant, cette motion a été adoptée sans la participation des élus de la Coordination rurale. Ces derniers ont choisi de boycotter la session, arguant qu'elle aurait dû se « délocaliser » à Melle, en plein cœur du Village de l’eau, un lieu qu'ils jugent « hautement symbolique des enjeux hydrauliques et climatiques actuels. »

Urgence climatique et appel à la sobriété hydrique

Le préfet de région, présent à la session, a réaffirmé son souhait de « passer à une stratégie d’investissement en matière de gestion de l’eau ». De son côté, Élodie Galko a lancé un avertissement sans équivoque : le bassin Adour-Garonne sera, à l’échelle nationale, le plus touché par le changement climatique.

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« Un litre d’eau sur deux ne sera plus disponible en 2050, en Nouvelle-Aquitaine, si on ne fait rien. Il va nous manquer 1,2 milliard de m³ d’eau », a-t-elle déclaré, appelant à une collaboration urgente. « Il nous faut donc travailler ensemble. On a connu il y a quelques années la sobriété énergétique et elle n’a pas été accompagnée d’une décroissance, il n’y a donc pas de raison qu’il n’en soit pas de même avec la sobriété en eau. »

Parmi les solutions évoquées :

  • Utiliser moins d'eau grâce à des outils d'optimisation.
  • Envisager de nouvelles cultures moins gourmandes en eau.
  • Adopter des pratiques agricoles adaptées.
  • Développer des solutions de stockage, en optimisant les existantes et en mobilisant de nouvelles ressources.

Autres motions : inondations et question du loup

Une deuxième motion a été adoptée concernant l'excès d'eau. Face aux inondations liées aux tempêtes Nils et Pedro de ce début d’année, les élus ont demandé une aide d’urgence assortie d’une révision globale des dispositifs de gestion des risques climatiques.

Enfin, la question du loup a enflammé l’assemblée. Les élus ont signé une motion exigeant l’éradication du loup dans toutes les zones d’élevage, avec possibilité pour les éleveurs de procéder à des tirs létaux. Le préfet, bien que compréhensif, a rappelé que le loup est une espèce protégée, mais sa remarque est restée vaine face à la détermination affichée par les représentants agricoles.