Manifestations massives à Madrid contre l'accord UE-Mercosur malgré le soutien du gouvernement
Agriculteurs espagnols manifestent contre l'accord UE-Mercosur

Colère agricole à Madrid contre l'accord commercial UE-Mercosur

Plusieurs milliers d'agriculteurs espagnols accompagnés de centaines de tracteurs ont envahi mercredi le centre-ville de Madrid pour exprimer leur ferme opposition à l'accord commercial entre l'Union européenne et les pays du Mercosur. Cette mobilisation massive intervient dans un contexte où le gouvernement espagnol figure parmi les plus ardents défenseurs de ce traité de libre-échange controversé.

Une manifestation symbolique au cœur de la capitale

Arrivés en cinq groupes distincts, les tracteurs ont convergé vers le centre de Madrid avant de parcourir ensemble le trajet entre une grande place emblématique et le ministère de l'Agriculture. Sur les banderoles et pancartes brandies par les manifestants, on pouvait lire des slogans percutants : "Non au Mercosur, non à notre ruine", "La campagne espagnole n'est pas à vendre" ou encore "La campagne meurt". Selon les estimations de la délégation gouvernementale, équivalent de la préfecture, le défilé comptait 367 tracteurs et environ 2.500 manifestants.

Les craintes du secteur agricole espagnol

Miguel Ángel Aguilera, président de l'organisation agricole Unaspi, a tiré la sonnette d'alarme : "Si le secteur agricole s'effondre, cela va toucher directement tous les citoyens". Les agriculteurs redoutent particulièrement que l'accord UE-Mercosur, qui doit créer l'une des plus grandes zones de libre-échange du monde avec plus de 700 millions de consommateurs, ne conduise les Espagnols à "consommer des produits de moins bonne qualité" tout en perdant leur souveraineté alimentaire.

Les organisations agricoles à l'origine de la manifestation dénoncent dans un communiqué officiel la "fin de la souveraineté alimentaire" avec "de grands déséquilibres ainsi qu'une concurrence déloyale avec des pays tiers". L'Espagne, qui fait partie avec la France, l'Allemagne, l'Italie et la Pologne des principales puissances agricoles européennes, voit son secteur agricole représenter environ 2,5% du PIB national selon les chiffres officiels, dans un contexte de difficultés croissantes.

Le gouvernement espagnol maintient son soutien

Au même moment où les agriculteurs manifestaient, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez qualifiait l'accord commercial "d'excellente nouvelle" devant les députés. Le dirigeant socialiste, fervent défenseur du traité, a toutefois assuré que des mesures d'accompagnement seraient mises en place, incluant :

  • Des mécanismes de compensation pour les agriculteurs les plus impactés
  • Des clauses de sauvegarde agricoles pour compliquer l'entrée sur le marché européen de produits en provenance des pays du Mercosur
  • Des protections si ces produits sont jugés susceptibles de nuire aux producteurs espagnols

Un contexte européen tendu

Face à l'opposition croissante des agriculteurs dans plusieurs pays européens, le Parlement européen a voté le 21 janvier dernier pour saisir la Cour de justice de l'UE, constituant un revers notable pour la Commission européenne. La CJUE devra désormais vérifier si l'accord, signé en janvier au Paraguay après plus de 25 années de négociations complexes, est conforme aux traités européens ou s'il doit être retoqué.

Cette décision judiciaire européenne intervient alors que les inquiétudes restent tenaces au sein du monde agricole espagnol, qui craint de voir son modèle de production durable menacé par une concurrence internationale jugée déloyale. La manifestation de Madrid s'inscrit ainsi dans un mouvement plus large de contestation européenne contre les accords de libre-échange, mettant en lumière les tensions entre ambitions commerciales internationales et protection des agricultures locales.