Qui était Roberto Bolaño ? Avec l'aide d'Éric Elmosnino et Mélodie Richard, Georges Lavaudant propose une hypothèse. Mélodie Richard et Éric Elmosnino, fascinants et mystérieux, dans “Stella Maris”. Publié le 12/06/2026 à 20:03, article rédigé par Jérémy Bernède pour Midi Libre.
Un grand metteur en scène fidèle à Montpellier
Georges Lavaudant, grand metteur en scène et fidèle à Montpellier, revient au Printemps des comédiens avec Stella Maris, une rêverie méta-textuelle sur et autour du romancier chilien Roberto Bolaño. Fascinant.
Un “kamikaze littéraire”, a dit de Roberto Bolaño son confrère et ami romancier Javier Cercas. Une expression oxymorique pour signifier la pulsion créatrice d'une extrême intensité qui saisit le poète et écrivain chilien quand il se découvrit condamné par une maladie incurable. Il avait alors 38 ans et ses œuvres les plus marquantes restaient à écrire : Les détectives sauvages, Étoile distante, Amuleto, Nocturne du Chili, et pour finir, 2666, publié à titre posthume en 2004, un an après sa mort à l'âge de 50 ans.
À la suggestion du Printemps des comédiens, Georges Lavaudant s'est emparé de cette incandescence et en a tiré Stella Maris avec Éric Elmosnino et Mélodie Richard, déjà de sa précédente mise en scène, Le misanthrope.
Pas une biographie
Pas question d'une évocation biographique avec cette création à voir encore ce samedi au théâtre d'O, plutôt d'une rêverie méta-textuelle, à la fois cryptique et lumineuse. Ainsi, Stella Maris s'ouvre-t-il par le récit d'Auxilio Lacouture, poétesse uruguayenne fictive qui apparaît dans plusieurs romans, notamment dans Amuleto, où Bolaño se met en scène lui-même à travers le personnage de Belano : elle a vécu les soulèvements de 1968 à Mexico et échappé au pire, quand lui était un ado poétique et viscéral en exil ; il est ensuite retourné chez lui au Chili, a connu brièvement la prison après la chute d'Allende et est revenu au Mexique. Tout cela remonte au plateau par éclats de mémoires aux reflets changeants.
La scénographie est minimale : des rideaux drapés en fond de scène, une estrade au centre et un magnétophone à cour. Mélodie Richard et Éric Elmosnino interviennent successivement quand il s'agit pour l'une d'assumer un récit, une héroïne ou un chant (Piensa en mí et Bésamé mucho, version kitsch décadent) ou pour l'autre d'incarner l'auteur (ses réflexions et les bribes d'entretiens sont remarquables) ou une aventure (dément passage tiré de 2666), ou ensemble (comme pour cette fascinante conversation autour du fait divers au cœur de Le secret du mal) ou pas du tout (l'enregistrement d'un extrait des Détectives sauvages sur Lupe, la prostituée). La matière littéraire croise la matière biographique, chez Bolaño, leur intrication est vertigineuse.
On n'a pas tout saisi ? On veut en savoir plus ? On en redemande ? Stella Maris a réussi son coup : nous voilà accro à Bolaño !



