Photojournalisme : le regard, une responsabilité selon Marie-Ange Portal
Photojournalisme : le regard, une responsabilité

Le photojournalisme n'est pas mort avec Jean-François Leroy, fondateur de Visa pour l'Image à Perpignan, décédé le 31 août à l'âge de 69 ans. C'est le message que porte Marie-Ange Portal, photographe et correspondante de Midi Libre à Coupiac dans l'Aveyron, dans une chronique publiée pour Lignes ouvertes. Pour elle, malgré la disparition du fondateur et l'arrivée de l'intelligence artificielle, le regard du photographe demeure une responsabilité essentielle pour comprendre le monde.

Un hommage au fondateur de Visa pour l'Image

Marie-Ange Portal évoque d'abord la mort de Jean-François Leroy, dont le magazine Polka a annoncé le décès le 31 août. Pendant trente-sept ans, ce dernier a défendu la photographie du réel à travers le festival Visa pour l'Image à Perpignan, rendez-vous mondial du photojournalisme. Elle rappelle que chaque soir, pendant le festival, des images d'actualité internationale défilent sur grand écran, choisies avec minutie par Jean-François Leroy pour ne pas trahir le regard porté sur le monde.

Pour la photographe, le regard du photographe est subjectif : dès le cadrage, il décide ce qui entre dans l'image et ce qui reste dehors. Elle cite une interview de Jean-François Leroy au Point : « Je vois des reportages au smartphone sublimes et d'autres à la chambre noire sans intérêt. Il n'y a aucune différence entre l'argentique et le numérique, c'est le regard qui compte. »

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Le témoignage de Sebastião Salgado sur le noir et blanc

Marie-Ange Portal raconte une rencontre lors de son dernier Visa, en bas des gradins, avec Lélia et Sebastião Salgado. Pendant deux heures, ils ont échangé autour du noir et blanc et du regard. Salgado lui a confié : « Photographier en couleur, c'est photographier une personne. Voir en noir et blanc, c'est photographier son âme. » Il a illustré son propos avec l'exemple d'une foule : « Si je photographie une foule avec une personne qui porte un pull rouge, je ne vois que ce pull. Si je photographie en noir et blanc, alors c'est le groupe qui apparaît. »

L'intelligence artificielle, une opportunité pour le journalisme

L'auteure évoque également l'arrivée de l'intelligence artificielle dans le photojournalisme. Dans son dernier édito, Jean-François Leroy écrivait : « La révolution technologique est capable du pire et paradoxalement, peut-être la plus belle opportunité que le journalisme a de se sauver. »

Marie-Ange Portal, qui a sillonné l'Asie avant de photographier la ruralité aveyronnaise, explique qu'elle regarde désormais depuis un autre endroit. Correspondante de Midi Libre dans l'Aveyron, elle raconte par les mots un territoire rural, « petit mais immense par ses histoires et sa mémoire ». Elle écoute, pose des questions, attend et essaie de comprendre avant de raconter. Pour elle, les changements sociaux, environnementaux et humains qui traversent ce territoire racontent aussi quelque chose de notre époque.

Elle conclut : « Leroy est mort. Pas le photojournalisme. Il restera des femmes et des hommes pour être là, regarder et témoigner. Les outils changent. Le regard reste notre responsabilité. »

La 38e édition du festival Visa pour l'Image se termine ce dimanche 13 septembre. Le Montpelliérain Laurent Ballesta a été récompensé pour ses photos « des espaces oubliés ».

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