Un Béarnais a-t-il navigué avec Magellan ? L'hypothèse fascinante
Dans un ouvrage captivant, Bruno d’Halluin, navigateur et écrivain, ressuscite le parcours de Roger Dupret, un canonnier qui aurait embarqué pour ce qui deviendra le premier tour du monde. Son nom apparaît pour la première fois le 18 avril 1519, quatre mois avant le départ de l'expédition menée par Fernand de Magellan depuis Séville, en Espagne. Une question intrigue : ce marin pourrait-il être originaire de Monein, dans le Béarn ? Retour sur cette énigme historique, initialement évoquée en décembre 2022.
Les origines mystérieuses de Roger Dupret
Dans « Les Compagnons français de Magellan », publié en 2022, Bruno d’Halluin retrace le destin de 19 membres de cette expédition pionnière, réalisée entre 1519 et 1522. Parmi eux, Roger Dupret, canonnier, dont les origines restent floues. « Rappelons que les différentes listes d’équipages qui nous sont parvenues diffèrent souvent sur l’écriture des noms de lieux et des personnes, et que, ces noms y sont pour la plupart du temps hispanisés, d’autant qu’une bonne partie des enrôlés ne savaient pas écrire », précise l'auteur.
Les sources historiques mentionnent des variantes comme De Upret, Dupiet, Dupict, Dupré, ou Dupier. Les lieux d'origine évoqués incluent Monaino, Monayno, Menaino, Manayno, Monaym, ou Monayin. « Étant donné la consonance française du patronyme, les origines les plus plausibles de notre canonnier sont soit dans le sud-ouest de la France - à Monein ou en un autre lieu -, soit en Flandre : Menin, dans l’actuelle Belgique à la frontière française », poursuit Bruno d’Halluin.
Le patronyme Dupret est effectivement présent dans le Nord et en Belgique, mais l'auteur note aussi la forme « Dupré », répandue en France, et la variante gasconne « Duprat », commune dans le Sud-Ouest. Il ne tranche pas entre Monein et Menin, « toutes deux possibles mais incertaines », tout en jugeant l'hypothèse de Monein « assez plausible ».
Le rôle périlleux de canonnier et une fin tragique
Le nom de Roger Dupret émerge le 18 avril 1519, lorsqu'il reçoit huit ducats de solde, soit 3 000 maravédis, sur ordre de Rui Faleiro, alors lieutenant de Magellan. « On ignore pourquoi une telle somme, correspondant à deux mois de solde d’un canonnier, lui fut ainsi remise d’un coup », écrit Bruno d’Halluin. Dupret embarque sur le « San Antonio », l'un des cinq navires de l'expédition.
En moyenne, trois canonniers servaient par bateau, avec un connétable à leur tête. Sept Français figuraient parmi les 15 canonniers de la flotte. Les caravelles étaient équipées de grosses bombardes et de pièces plus petites comme des faucons ou des couleuvrines. « Les canonniers devaient utiliser, manipuler et entretenir cet armement, ainsi que les boulets (de plus de 15 kilos pour les bombardes) et autres balles en fer ou en pierre, les chambres ou boîtes à feu, les fûts de poudre ou les mèches, ce qui n’était pas sans danger », souligne l'auteur.
Mais c'est l'eau, et non le feu, qui scella le destin de Roger Dupret. Il mourut noyé le 2 juin 1520, dans l'embouchure du rio de San Julián, en Patagonie. Les causes de sa noyade demeurent inconnues. « La température de l’eau était à moins de dix degrés et à l’époque, peu de marins savaient nager », rappelle Bruno d’Halluin.
Les tumultes de l'expédition et l'héritage de Magellan
Avant sa mort, Roger Dupret a probablement été témoin des tensions qui agitèrent l'expédition. Alors que la flotte progressait vers le sud de l'actuelle Argentine, les doutes grandissaient parmi les capitaines espagnols quant aux connaissances de Magellan. En mars 1520, Juan de Cartagena, commandant du « San Antonio », mena une rébellion, mais Magellan reprit le contrôle, punissant sévèrement les meneurs.
Magellan découvrit finalement le passage vers l'océan Pacifique, mais sa mission fut un échec sur le papier : il n'avait pas prouvé que les Moluques, îles aux épices, se trouvaient dans la zone espagnole selon le traité de Tordesillas. Il mourut aux Philippines en 1521. Seuls 18 membres sur 237 revinrent à Séville après avoir accompli le premier tour du monde.
Cette histoire, riche en mystères et en aventures, illustre les défis des explorations maritimes du XVIe siècle et invite à plonger dans les archives pour mieux comprendre notre passé.



