Le service patrimoine de la Ville de Sarlat a organisé, jeudi 21 mai, une visite à la découverte des bâtiments qui ont été restaurés grâce à la loi Malraux de 1962. Une légende, aussi tenace que celle du Lébérou, veut qu’en voyage à Sarlat (Dordogne), André Malraux, alors ministre des Affaires culturelles, se soit ému de l’état déplorable des bâtiments du centre-ville et ait décidé de faire une loi visant à réhabiliter le patrimoine des villes françaises. Le secteur sauvegardé couvre 11 hectares dans la ville de Sarlat.
Une réalité moins romantique
La réalité est beaucoup moins romantique que cela, n’en déplaise aux Sarladais. « En fait, cette loi a été à l’origine de l’architecte Henry de Segogne, explique Karine Da Cruz, la cheffe du service patrimoine de Sarlat. Il a alerté le préfet qui a fait remonter au gouvernement. » Une exposition photos permet de voir dans quel état se trouvait la ville avant les travaux.
11 hectares en pleine ville
Jeudi 21 mai, elle a joué le rôle de guide dans le secteur sauvegardé de la cité de la Boétie, pour expliquer, en détail, ce que cette loi avait apporté au patrimoine sarladais. « Dans les années 1950, déjà, toute une série de gens, amoureux du patrimoine, ont commencé à s’en soucier, commence-t-elle. C’est le cas de l’architecte Henry de Segogne, qui avait une résidence secondaire à Saint-André-d’Allas et qui voyait l’état des bâtiments de Sarlat. » À cette époque, pas si lointaine, finalement, la Cuze, le ruisseau qui passe aujourd’hui sous la ville, est à ciel ouvert et charrie son lot de détritus. « Pas autant qu’au Moyen-Âge, précise Karine Da Cruz, mais il y en a quand même beaucoup. » Partie de la place André-Malraux, la visite se dirige le long de la cathédrale Saint-Sacerdos. On apprend que le secteur sauvegardé occupe 11 hectares, en plein cœur de la cité médiévale. Et, qu’au centre de celui-ci, se trouve un « îlot opérationnel », d’un peu moins de deux hectares de superficie. En clair, ces deux hectares remplis de patrimoine bâti ont servi de laboratoire expérimental au niveau national pour la réhabilitation, la restauration et la conservation d’un centre-ville historique.
Des travaux au long cours
Cet îlot opérationnel s’étend de la place Malraux, derrière la maison de la Boétie, à la rue Fénelon, en passant par la rue Montaigne. « Les travaux ont commencé en 1964, poursuit la cheffe de service. Et ils se sont terminés en 1976. Par exemple, rien que pour l’année 1969, il y a eu jusqu’à 34 chantiers en même temps dans Sarlat. » La circulation ne devait plus avoir ni queue ni tête… On apprend également que la loi a obligé les propriétaires à enlever les tuiles mécaniques des toitures pour les remplacer par des tuiles plates, ou encore, plus local, de la lauze.
« Et cette loi comportait aussi un volet social, présente Karine Da Cruz. Les taux d’emprunt étaient à 2 % pour les propriétaires qui se lançaient dans les travaux. Et une place importante a été accordée au logement pour les personnes les plus fragiles. » Parmi ces travaux de restauration, on peut citer, pêle-mêle, l’enlèvement de crépis sur les murs, afin de mettre à jour les pierres, le pavage dans les rues, qui est intervenu plus tard, à partir de 1989, ou encore, l’éclairage public au gaz. Pour la petite histoire, depuis 2015, on ne parle plus de secteur sauvegardé mais de « site patrimonial remarquable ».



