La rue du Pas Saint-Georges à Bordeaux : une renaissance après sept ans de chantier
Le 29 mars 2021, une page se tournait dans le Vieux Bordeaux : la rue du Pas Saint-Georges, artère centrale reliant la place du Parlement à la place Fernand-Lafargue, était enfin rouverte au public après des travaux interminables. Riverains et commerçants, lassés par les années de perturbations, ont poussé un immense soupir de soulagement. Cette rue, très fréquentée et riche en boutiques, commerces de bouche et restaurants, retrouvait ainsi sa pleine praticabilité, sans casque ni chaussures de chantier.
Un nom aux origines énigmatiques
L'origine du nom « Pas Saint-Georges » fait toujours débat parmi les historiens. Pour certains, le terme « pas » serait un diminutif de « passage », évoquant une sauvegarde sous la protection de Saint-Georges. D'autres y voient plutôt le va-et-vient des pèlerins de Compostelle, en route vers la rue Saint-James et l'hôpital de Saint-Jacques. Cette ambiguïté ajoute au mystère de cette voie chargée d'histoire.
Une histoire millénaire et des transformations successives
Ce qui est certain, c'est que la rue du Pas Saint-Georges suit un tracé remontant à l'Antiquité, composé de tronçons aux noms changeants au fil des siècles. Au Moyen-Âge, elle débutait rue du Parlement Sainte-Catherine et portait le nom de rue du For ou du Far de Lesparre, en référence aux seigneurs de Lesparre qui y possédaient leur hôtel. Plus tard, entre la rue du Cancera et la rue Maucoudinat, elle était connue sous le nom de rua du putz de Banbacat, rappelant la présence d'un puits au carrefour.
Jusqu'à la rue du Loup, elle devint la rua de la geysa belba de Sent Symeon, évoquant un édifice religieux antérieur à l'église Saint-Siméon, aujourd'hui transformée en cinéma Utopia. Enfin, le dernier tronçon, jusqu'à la place Fernand-Lafargue, s'appela successivement rue de la Porte Begueyre, rue des Épiciers, avant d'adopter définitivement le nom de rue du Pas Saint-Georges.
Un patrimoine architectural remarquable
La rue du Pas Saint-Georges regorge de trésors architecturaux. La plus vieille maison, datée de 1582, se trouve au numéro 74. Au numéro 50-52, l'ancienne maison des fourrures Lebel, construite en 1855, est ornée d'un lion en façade et d'un petit renard à l'angle de la rue Corcelle. En levant les yeux au numéro 62, on découvre deux superbes mascarons représentant Minerve et Mercure.
Mais la rue doit surtout sa renommée à l'écrivain François Mauriac, né au numéro 86 le 11 octobre 1885. Une plaque commémorative, ornée d'une citation printanière de l'auteur, rappelle cet événement.
Des travaux longs et complexes
Les travaux de la rue du Pas Saint-Georges ont duré sept ans, bien au-delà des prévisions initiales. Initialement prévus en 2014 pour le remplacement des pavés, ils ont été prolongés en 2017 pour la mise aux normes des réseaux d'électricité et de télécommunications. L'objectif était multiple : supprimer le stationnement, élargir les trottoirs, poser de nouveaux pavés et favoriser les circulations douces, dans le respect de la charte Wilmotte régissant le mobilier urbain du centre-ville.
Ces travaux visaient également à connecter quatre places emblématiques : Fernand-Lafargue, Camille-Jullian, du Parlement et de la Bourse. Les retards successifs, dus à la crise des gilets jaunes en 2018-2019 puis à la pandémie de Covid-19, ont cependant éprouvé la patience des Bordelais.
Aujourd'hui, la rue du Pas Saint-Georges, restaurée et apaisée, incarne à nouveau le riche patrimoine historique et culturel de Bordeaux, prête à accueillir visiteurs et habitants pour de nouvelles découvertes.



