Une œuvre majeure de Rodin mise à l'abri à Cognac
Le mercredi 22 février 2023, une opération délicate s'est déroulée au musée d'Art et d'Histoire de Cognac (MAH). Le moulage en plâtre de la statue emblématique d'Auguste Rodin, "L'Âge d'airain", a été soigneusement transporté vers les réserves de l'établissement. Cette œuvre grandeur nature, mesurant 1,80 mètre (2,20 mètres avec son socle), représente un modèle masculin frémissant de vie et nécessitait une attention particulière.
Un déménagement minutieux pour une pièce historique
Des spécialistes d'une entreprise dédiée ont procédé à la descente de la sculpture dans sa cage de bois protectrice. "Cela a été relativement vite, en une heure environ. La phase la plus délicate fut la descente du grand escalier", explique Catherine Wachs-Genest, la conservatrice du musée. Les agents ont précisé que la statue en plâtre n'était "pas trop lourde", facilitant ainsi les manœuvres.
Cette opération s'inscrit dans un vaste chantier de rénovation du musée qui débute en mars 2023. Les travaux, d'un montant de 1,08 million d'euros, comprennent :
- La reprise de la toiture endommagée
- Le remplacement des huisseries fatiguées
- Le colmatage des fissures
- La consolidation des planchers
Le moulage restera en sécurité dans les réserves jusqu'en juillet ou août 2023, le temps que les travaux soient achevés. Le déménagement des autres œuvres vers des entrepôts sécurisés à Bordeaux avait commencé en janvier et s'achève ces jours-ci.
Une œuvre au passé tumultueux
"L'Âge d'airain" n'est pas une pièce ordinaire. Il s'agit du premier envoi de l'État au musée de Cognac, créé en 1892. Le dépôt date de 1893 et le transfert de propriété à la ville de Cognac a été officialisé en 2006. Cette sculpture en plâtre est un moulage de l'original exécuté par Auguste Rodin en 1877, différent du bronze que l'on peut admirer au musée d'Orsay.
Lors de sa présentation initiale en 1877 au Cercle artistique et littéraire de Bruxelles, l'œuvre a provoqué un scandale. La précision chirurgicale et les détails anatomiques de ce nu ont conduit le journal "L'Étoile belge" à accuser Rodin d'avoir moulé sa statue sur le corps vivant d'un modèle, Auguste Ney, un jeune soldat de 22 ans, voire sur un cadavre. Cette accusation de moulage sur nature constituait une insulte suprême pour un sculpteur.
Rodin a dû défendre son travail en présentant des photographies et en faisant appel à des amis sculpteurs. Finalement, Edmond Turquet, directeur des Beaux-Arts, a acheté le plâtre en 1880 et a commandé le bronze à la fonderie Thiébaut & Frères. "L'Âge d'airain" évoque l'homme de l'époque des métaux (l'airain étant le nom savant du bronze). À l'origine, le personnage tenait une lance dans la main gauche, mais Rodin a choisi de la supprimer pour dégager le bras et donner plus d'ampleur au geste.
Il existe environ une quinzaine de versions et de moulages de cette œuvre à travers le monde, notamment à Paris, Berlin, Londres, Philadelphie, Budapest, Saint-Pétersbourg... et désormais en sécurité à Cognac, où elle continue de faire partie du patrimoine artistique précieux de la région.



