Rochefort immortalise son évolution urbaine grâce à un projet photographique unique
Depuis 1999, la Ville de Rochefort mène une mission documentaire discrète mais passionnante : les Itinéraires photographiques. Ces clichés, désormais accessibles en ligne sur le site internet municipal, offrent un jeu des sept erreurs grandeur nature, capturant les métamorphoses du paysage urbain au fil des décennies.
Un voyage dans le temps visuel fascinant
Imaginez observer une photo de la place Colbert en 1999, baignée de soleil, avec ses jets d'eau formant une arche au-dessus d'un bassin rectangulaire classique. Puis, contemplez le même point de vue en 2019 : le bassin a disparu, l'espace s'est ouvert et une horloge des marées numérique trône désormais au sol. Sur le quai Bellot, les voitures garées en épi ont cédé la place à une esplanade piétonne, tandis que les façades ont été ravalées. Ces constats, chacun peut désormais les faire grâce aux Itinéraires photographiques de Rochefort, pilotés par les Archives Rochefort Océan.
Ce projet au long cours vient de franchir une nouvelle étape avec la livraison de la campagne 2025, réalisée par le photographe Davy Jourget. Longtemps conservées dans des cartons ou présentées lors d'expositions ponctuelles, ces archives s'ouvrent aujourd'hui largement au grand public en ligne.
Les origines et la méthodologie rigoureuse du projet
L'histoire débute à la fin du siècle dernier. « En 1989, l'Observatoire photographique du paysage a été créé au niveau national. Ils ont tenu leur premier colloque à Rochefort en 1999, baptisé 'Itinéraires croisés' », expliquent les archivistes Nathalie Dubois et Marina Pellerin. Pour marquer cet événement, la Ville lance alors sa propre série : 44 sites sont sélectionnés – centre-ville, faubourgs, marais – pour être photographiés à l'identique, année après année jusqu'en 2004, puis tous les cinq ans.
L'objectif n'est pas seulement nostalgique ; il est profondément documentaire. « C'est le long terme qui rend l'itinéraire intéressant », soulignent les responsables du fonds. Pour garantir une comparaison valable, une rigueur extrême est appliquée, avec une méthodologie stricte éditée en 2008. « Souvent, le photographe photographie aussi son trépied, pour que le suivant retrouve l'emplacement exact », précise l'équipe des archives. Si les premières campagnes utilisaient l'argentique, le numérique a pris le relais en 2014, bien que le terrain impose parfois des ajustements face aux évolutions du paysage.
Les tendances révélées : végétation et urbanisme en mutation
Le visionnage des séries de 1999 à 2025 révèle une tendance plus marquante que la simple rénovation des façades : « la végétation prend énormément de place, ça masque le bâti », analysent les archivistes. Ce phénomène est flagrant sur les vues de l'ancien hôpital civil ou de certains boulevards, où les arbres ont parfois totalement occulté l'architecture. En réponse, le comité technique a décidé, pour la campagne 2025, de changer de saison, optant pour l'hiver ou le début du printemps afin de redonner de la lisibilité à l'urbanisme.
Un outil précieux pour la décision publique et la mémoire collective
Au-delà du plaisir esthétique, cet itinéraire sert d'outil politique et technique. Financé avec le concours de la Dreal Nouvelle-Aquitaine, il est conçu « pour que l'administration puisse s'en servir comme d'un outil d'aide à la décision ». Observer comment une frange urbaine a grignoté le marais ou comment une place minérale a réagi aux canicules permet de mieux penser les aménagements futurs.
Sur le site des Archives Rochefort Océan, les internautes peuvent naviguer d'une époque à l'autre, redécouvrant des fantômes urbains comme l'ancienne configuration du Transbordeur ou les commerces disparus. En 2025, six nouveaux sites ont été ajoutés, portant la série à 50 vues. « On a déjà notre petit dossier 2030 préparé », sourient Nathalie Dubois et Marina Pellerin. Rendez-vous dans cinq ans pour voir si Rochefort a encore changé de visage.



