Une pierre tombale recyclée en table de pique-nique révèle une énigme familiale en Béarn
Pierre tombale recyclée : l'énigme d'une famille béarnaise en Amérique

Une découverte insolite dans les Pyrénées-Atlantiques

Une pierre tombale abandonnée, récupérée et transformée en table de pique-nique, avec une inscription énigmatique et une vue imprenable sur les Pyrénées… C'est le point de départ d'une enquête fascinante dans le petit village d'Ogenne-Camptort, en Béarn. Jamais notre véhicule n'aurait dû s'arrêter sur ce chemin vicinal, mais un coup d'œil dans le rétroviseur a révélé un paysage digne d'un tableau de Turner, avec les montagnes dessinant des vagues d'ombres sous un soleil rasant d'hiver. L'impulsion de s'arrêter a tout déclenché.

L'inscription mystérieuse sur la pierre

Sur ce petit chemin croisant la départementale, une table et des bancs en granit attirent l'attention. Après quelques photos, un détail intrigue : la pierre centrale semble porter un message. Une croix, des lettres… Il s'agit bien d'une pierre tombale ! Le texte est sans équivoque : « À notre père regretté, ses trois filles d'Amérique, Louise, Anna, Eugénie, prient pour lui. » Cette découverte lance une quête pour identifier cette famille et comprendre son histoire.

Les origines de la pierre et le contexte historique

De retour de terrain, des recherches rapides ramènent au village béarnais d'Ogenne-Camptort. Nathalie Bacqué, fondatrice du domaine O Petit bonheur, explique : « Au début des années 1980, ils ont retiré les anciennes pierres du cimetière pour faire de la place. Les gens du village en ont récupéré, à droite, à gauche, sans savoir à qui ça appartenait. Ils les ont utilisées pour remblayer des chemins, pour de la déco ou autre. » La pierre proviendrait du cimetière de Camptort, réaménagé en 1978, où des stèles abandonnées ont été déplacées.

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L'énigme des trois sœurs parties en Amérique

L'inscription évoque trois filles, Louise, Anna et Eugénie, parties en Amérique. Mais de quelle Amérique s'agit-il ? Nathalie Bacqué ajoute : « C'est l'époque où ils sont tous partis en Amérique. Le frère de ma grand-mère est parti à 14 ans aux États-Unis… Le frère de mon grand-père est lui aussi parti, en Argentine. » Deux pistes émergent : une famille établie aux États-Unis ou en Argentine aux XIXe et XXe siècles. Cependant, sans nom de famille, l'enquête s'avère complexe.

Les recherches aux archives départementales

Direction les archives départementales des Pyrénées-Atlantiques à Pau, où les registres de naissances, mariages et décès sont conservés. L'étude des tables décennales de la commune révèle une abondance de Louise, notamment Marie-Louise Andrimons (née en 1880) et Marie-Louise Laplace (née en 1881). Les Anna sont plus rares, comme Anna Lagouardette (née en 1898). Une seule Eugénie apparaît : Eugénie Clément, née le 6 mars 1895. Une piste Laplace émerge avec Louise et Anna Laplace, mais aucune Eugénie Laplace n'est trouvée à Ogenne-Camptort, seulement une Eugénie Laplace née à Bugnein en 1894.

Les témoignages locaux et la création de la table

Joseph Matheu, maire de 2001 à 2019, confirme le réaménagement du cimetière en 1978 mais n'a pas souvenir d'une famille de trois filles parties outre-Atlantique. Henri Casaubieilh, l'agriculteur qui a créé la table de pique-nique, explique : « J'ai fabriqué cette table il y a quatre ou cinq ans… La pierre, je l'ai trouvée de l'autre côté de la route. Elle a plus de 100 ans, mais il a suffi d'un coup de Kärcher et elle est redevenue jolie comme tout. » Il ajoute une rumeur : « Paraît-il qu'elles sont revenues se faire enterrer ici. » Sans nom, cette information reste invérifiable.

L'émigration basco-béarnaise aux Amériques

Ariane Bruneton, ethno-historienne spécialiste de l'émigration, note que de nombreux départs ont eu lieu depuis Ogenne-Camptort, avec des agents d'émigration comme André Biot-Laborde et Jean-Baptiste Laplace. Cependant, sur leur base de données, aucun prénom correspondant à Anna, Louise et Eugénie n'est associé à cette commune. Un registre de départs en bateau vers Buenos Aires, San Francisco, New York ou La Nouvelle-Orléans montre 40 mentions d'Ogenne et 34 de Laplace, mais jamais ensemble. Une Eugénie Laplace a embarqué en 1899 pour New York, mais elle est née à Arudy, loin des sœurs recherchées.

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Les cartes postales et la persistance du mystère

Des cartes postales d'émigrés, listées dans l'ouvrage d'Ariane Bruneton, mentionnent un « Laplace d'Ogenne-Camptort, émigré à San Francisco puis revenu au pays », mais sans fratrie de trois sœurs. Le mystère reste entier, malgré une comparaison avec une sépulture similaire à Lasseube, où une croix porte une inscription de donateurs d'Amérique. Les registres d'Ogenne-Camptort ne contiennent aucun nom correspondant, laissant l'énigme non résolue.

Conclusion : une histoire locale préservée dans la pierre

Cette pierre tombale recyclée en table de pique-nique symbolise à la fois le recyclage patrimonial et les récits d'émigration qui ont marqué le Béarn. Bien que l'identité des trois sœurs Louise, Anna et Eugénie reste inconnue, leur mémoire perdure à travers cette inscription, rappelant les vagues de départs vers les Amériques et les liens familiaux transatlantiques. L'enquête, bien que infructueuse, met en lumière l'importance des archives et des témoignages pour préserver l'histoire locale.