Le Panthéon, un monument aux "grands hommes" depuis 1791
Le 4 avril 2026 marque le 235e anniversaire de la création du Panthéon, décrétée par l'Assemblée constituante en 1791. Ce lieu emblématique, situé dans le 5e arrondissement de Paris, porte l'inscription "Aux grands hommes, la patrie reconnaissante", une devise qui reflète son origine profondément genrée.
Des débuts mouvementés et une vocation républicaine
À l'origine, le bâtiment était l'église Sainte-Geneviève, conçue par l'architecte Soufflot sous Louis XV. Transformé en Panthéon après la Révolution française, il devait honorer les figures illustres de la nation. Le premier à y être inhumé fut Mirabeau en avril 1791, suivi de Voltaire en juillet. Cependant, ces premières panthéonisations furent éphémères : Mirabeau fut retiré après la découverte de sa correspondance avec Louis XVI, et Marat, entré puis sorti pour "trahison".
Au XIXe siècle, le monument connaît des changements d'affectation multiples. Napoléon y enterre des généraux et serviteurs de l'État, avant que la Restauration ne le rende au culte religieux. Ce n'est qu'avec la IIIe République, lors de l'entrée de Victor Hugo en 1885, que le Panthéon retrouve sa vocation républicaine et que l'inscription emblématique est ajoutée.
Une représentation féminine minime et tardive
Malgré son évolution, le Panthéon reste longtemps un espace presque exclusivement masculin. La première femme à y être inhumée est Sophie Berthelot en 1907, principalement en tant qu'épouse de Marcellin Berthelot. Il faut attendre 1995 pour que Marie Curie y entre pour ses propres mérites, bien qu'aux côtés de son mari. Depuis, seulement six autres femmes ont rejoint les lieux : Geneviève de Gaulle Anthonioz et Germaine Tillon en 2015, Simone Veil, Joséphine Baker et Mélinée Manouchian plus récemment.
Ainsi, sur 83 personnalités panthéonisées, seules 7 sont des femmes, soit moins de 10 %. Ce déséquilibre souligne les inégalités historiques dans la reconnaissance publique. La prochaine panthéonisation, prévue le 16 juin prochain, honorera l'historien Marc Bloch, accompagné de son épouse Simonne Vidal, perpétuant cette tradition de reconnaissance conjointe.
Un reflet du "viriarcat" selon la philosophie
Ce déséquilibre peut être interprété comme une illustration de ce que la philosophe Olivia Gazalé nomme le "viriarcat". Dans ses travaux, elle met en lumière une hiérarchie civilisationnelle qui place non seulement l'homme au-dessus de la femme, mais aussi le "vrai homme" au-dessus d'autres groupes marginalisés. Cette perspective invite à réfléchir sur les structures sociales qui ont façonné la mémoire collective française.
Alors que le Panthéon célèbre plus de deux siècles d'histoire, la question de la représentation féminine reste d'actualité. Des marges de progrès existent, comme le soulignent divers débats publics. Ce monument, symbole de la reconnaissance nationale, continue d'évoluer, rappelant que la mémoire collective est un chantier toujours en construction.



