Comme sortis d'un volume des aventures d'Astérix, veillés par Nemausus, les Volques se rassemblent autour de la source, qui cinq siècles avant Jésus-Christ a déjà la même forme qu'aujourd'hui aux jardins de la Fontaine. La petite peinture de Ferdinand Pertus, l'une des premières œuvres présentées par le musée du Vieux Nîmes, pour l'exposition "Résurgences, l'eau à Nîmes" dit bien l'importance de ce lieu dans la naissance et le développement de la ville.
C'est cette histoire, avec ses bonheurs et ses excès, qu'explore le musée dans le cadre du cycle "Eau, source d'inspiration". "Visible ou cachée, sa présence dicte le tracé de la ville et son évolution urbaine", rappelle Lisa Laborie-Barrière, conservatrice du musée qui à travers cette exposition explore aussi la diversité de ses collections.
De l'Antiquité aux temps modernes
Dès l'Antiquité, avoir de l'eau est une question cruciale. C'est la raison pour laquelle le Pont du Gard, que l'on découvre à travers une gravure de l'architecte Charles Questel, est construit permettant d'alimenter la ville en eau entre le Ier et le VIe siècle. Thermes, égouts, drains pour le ruissellement à travers les murailles… La ville ne se pense pas sans cette ressource précieuse.
À partir du VIe siècle, quand l'aqueduc ne fonctionne plus, l'eau est puisée dans la Fontaine. Une maquette de la rue de l'Agau au Moyen-Âge permet de remonter le temps, à l'époque où l'eau circulait à l'air libre, avec ses lavoirs, son moulin, ses teinturiers… Les plans anciens, notamment la vue cavalière de Braun et Hogenberg au XVIe siècle, montrent son importance dans l'urbanisme.
À l'époque des guerres de religion, la ville se fortifie et les bastions sont mis en eau pour protéger la ville. Dès le XVIIIe siècle, l'eau commence à manquer et la source est réaménagée, pas seulement pour en faire un lieu de promenade mais aussi pour des raisons hydrauliques. Les gravures et les photos offrent plusieurs visions méconnues de l'endroit, des blanchisseuses lavant le linge dans la Fontaine à l'îlot des cygnes, remplacé au début du XXe siècle par un jet, en passant par les barques dans le nymphée.
Au XIXe siècle, une autre fontaine trouve sa place dans l'environnement nîmois, sur l'esplanade conçue par l'architecte Charles Questel et ornée de sculptures de James Pradier, dont plusieurs plâtres ont été redécouverts et restaurés pour l'occasion.
Les caprices de l'eau : sécheresses et inondations
Mais l'eau est capricieuse… Parfois, elle manque, parfois, elle déborde. Pour assurer l'approvisionnement, une usine est construite à Comps dès la fin du XIXe siècle. D'anciennes photos permettent de redécouvrir les premières installations qui permettaient d'amener 250 litres d'eau par jour et par Nîmois.
L'eau peut aussi être dévastatrice. Les photos de Philippe Ibars et de Claude Dinhut font revivre les inondations de 1988, le fleuve de boue sur l'avenue Pompidou, le trou de Carré d'art plein jusqu'à l'estrambord, les rues dévastées… "La première mention d'inondations date de 1334", rappelle Lisa Laborie-Barrière. Un dispositif numérique évoque cette longue histoire, d'un récit de Léon Ménard en 1557 jusqu'aux aménagements contemporains, en passant par les inondations de 1958 relatées par un article du Midi Libre.
Informations pratiques
L'exposition "Résurgences, l'eau à Nîmes" est visible jusqu'au 22 novembre, du mardi au dimanche, de 10h à 18h, au musée du Vieux Nîmes, place aux Herbes, à Nîmes. Tarifs : 5 €, 3 €. Renseignements au 04 66 76 73 70.
Cycle "Eau, source d'inspiration"
Avec le cycle "Eau, source d'inspiration", les musées de la ville proposent une programmation transversale permettant d'aborder les multiples aspects de l'eau. Plusieurs expositions sont déjà ouvertes au public :
- À la galerie Jules-Salles (jusqu'au 22 novembre), le muséum d'histoire naturelle accueille "Eau, l'expo", un projet développé par le muséum de Toulouse, évoquant la place de l'eau dans la vie des hommes, depuis son apparition jusqu'aux défis actuels.
- Le muséum investit également la galerie Courbet pour présenter sa collection de poissons naturalisés, notamment un requin-pèlerin récemment restauré.
- Avec "Lumières et ténèbres : la fascination de l'eau" (jusqu'au 17 novembre), le musée des Beaux-arts invite à un voyage à travers l'histoire de l'art sur la piste de l'eau en croisant les mythologies et les recherches esthétiques.
Plusieurs projets ouvriront leurs portes dans les prochaines semaines :
- "Camargue, terre d'eaux" au musée des Cultures taurines à partir du 21 mai
- "Fall off" du photographe Sébastien Arrighi à Carré d'art du 4 juillet au 4 octobre
- "Adieu beauté" de la plasticienne Alix Boillot du 4 juillet au 8 novembre au musée des Beaux-arts



