Muséum d'histoire naturelle : 400 ans et un patrimoine en péril
Le Muséum national d'histoire naturelle (MNHN) célèbre cette année son quadricentenaire, une occasion que son président Gilles Bloch, en poste depuis novembre 2023, saisit pour tirer la sonnette d'alarme. L'état de dégradation avancée des locaux historiques menace directement les collections uniques de l'institution et son avenir scientifique.
Un patrimoine architectural en crise
Plus de 80% des bâtiments du Muséum présentent aujourd'hui des signes de dégradation avancée, selon Gilles Bloch. Cette situation compromet la conservation des 68 millions de spécimens qui constituent le trésor scientifique de l'établissement. La galerie de paléontologie et d'anatomie comparée, fleuron du Jardin des Plantes inauguré en 1898, illustre parfaitement ces défis. Classée monument historique et fréquentée par près de 400 000 visiteurs annuels, elle doit fermer exceptionnellement pendant 18 mois pour des travaux de mise en conformité essentiels.
Ces travaux, estimés à 10 millions d'euros pour cette seule galerie, concernent la révision du système de sécurité incendie, l'amélioration des conditions de conservation des collections et une meilleure accessibilité pour tous les publics. Mais cette intervention ne représente qu'une fraction des besoins globaux de l'institution.
Un chantier colossal aux financements incertains
La facture totale des travaux nécessaires pour remettre l'ensemble du patrimoine bâti du Muséum en état pourrait atteindre un milliard d'euros, un montant qui dépasse largement les moyens actuels de l'établissement. Le Muséum ne dispose que de 5 millions d'euros par an de l'État pour l'investissement immobilier, une somme insuffisante face à l'ampleur des chantiers à mener.
Gilles Bloch espère un réinvestissement significatif de l'État qui pourrait ensuite attirer des mécènes privés. Cependant, la levée de fonds pour des rénovations patrimoniales d'envergure reste difficile, de nombreux mécènes considérant que l'État doit prendre l'initiative sur ce type d'opérations.
Des défis techniques et écologiques complexes
La rénovation des bâtiments historiques du Muséum pose des défis techniques considérables :
- Mise en sécurité des collections en alcool nécessitant une nouvelle infrastructure de stockage
- Rénovation thermique des bâtiments avec des ouvrants de 5 à 10 mètres de haut en simple vitrage
- Respect des règles strictes de protection des monuments historiques
- Traitement des désordres structurels affectant plusieurs bâtiments
L'Hôtel de Magny, plus ancien bâtiment du Jardin des Plantes encore debout, s'enfonce littéralement dans le sol et nécessite des travaux d'urgence. La galerie de Géologie et de Minéralogie présente quant à elle d'importants désordres structurels.
Impacts sur le fonctionnement et la recherche
La vétusté des bâtiments affecte directement le quotidien des 1 000 scientifiques et personnels du Muséum. Gilles Bloch cite des exemples concrets : « Dans les bibliothèques, quand on a une fuite sur le chauffage dans les réserves, cela représente des semaines de travail pour assurer la préservation des collections ». La dégradation des spécimens due à une hygrométrie mal régulée affecte également le moral des équipes de conservation.
Face aux contraintes budgétaires, l'établissement doit établir des priorités : les urgences structurelles, la protection incendie et le risque inondation passent avant les enjeux écologiques, pourtant au cœur de la mission scientifique du Muséum.
Maintenir l'attractivité malgré les fermetures
La fermeture de la galerie de paléontologie pour 18 mois prive le public d'un lieu emblématique et représente un manque à gagner significatif pour une institution qui accueille plus de 3,6 millions de visiteurs annuels sur l'ensemble de ses sites. Pour compenser, le Muséum ouvrira une exposition temporaire « Sur les traces de dinosaures » dans la Grande Galerie de l'Évolution, mettant en valeur les recherches en cours sur le chantier de fouilles d'Angeac-Charente.
Cybersécurité et sécurité physique renforcées
Le Muséum a subi plusieurs crises récentes qui ont mis en lumière ses vulnérabilités. La cyberattaque de juillet dernier a paralysé l'ensemble des systèmes informatiques, nécessitant le retour à des processus manuels pendant plusieurs semaines. Suite au cambriolage de pépites d'or dans la galerie de Minéralogie en septembre (préjudice estimé à 1,5 million d'euros), l'établissement a demandé 6 millions d'euros pour renforcer sa sécurité physique et informatique.
Une institution dynamique malgré les défis
Malgré ces difficultés, le Muséum reste une institution scientifique de premier plan. Avec ses 16 laboratoires et sa programmation culturelle, il se classe parmi les quatre musées les plus fréquentés de France. L'établissement lancera prochainement avec le CNRS le programme « Dynabiod », doté de 45 millions d'euros sur 8 ans pour étudier les dynamiques de la biodiversité terrestre.
Un autre chantier majeur attend le Muséum : la numérisation massive de ses collections, essentielle à la pérennité numérique des spécimens et à leur accessibilité pour la communauté scientifique internationale. Mais tous ces projets ambitieux dépendent de la résolution préalable de la crise immobilière qui menace à court terme de contraindre l'institution à fermer certains espaces, compromettant ainsi sa mission quadricentenaire au service de la nature et du vivant.



