Musée du corbillard : une collection unique héritée de père en fils
Musée du corbillard : une collection unique héritée de père en fils

Un musée pas comme les autres

Yvan Quercy, 43 ans, habite une ferme à Cazes-Mondénard dans le Tarn-et-Garonne. Il est philocorbolien, c'est-à-dire collectionneur de corbillards. Cette passion insolite, il l'a héritée de son père, Yvan Quercy, qui a commencé cette collection dans les années 1970 et a ouvert le musée du Corbillard et de l'Attelage, le seul établissement de ce type en France et dans le monde.

À la mort de son père en 2006, Yvan Junior a repris le flambeau. Depuis, il transmet aux visiteurs sa passion et ses trésors entreposés dans trois hangars. Le musée plonge dans une époque où les défunts étaient acheminés par des chevaux jusqu'à leur dernière demeure.

L'origine du musée : une boutade

Ce musée, perdu dans la campagne du Quercy, doit sa naissance à une plaisanterie. Tout a commencé quand Yvan Quercy père, ancien directeur du casino de Luz-Saint-Sauveur, a acheté cette ferme et y a ouvert une discothèque et un restaurant dans les années 1970.

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Le maire communiste d'Alzonne, dans l'Aude, était en conflit avec le curé de la commune à propos du corbillard que ce dernier ne voulait plus voir entrer dans l'église. L'élu souhaitait garder cette tradition. Yvan Quercy père a dit en riant qu'il voulait récupérer le corbillard, et deux journalistes ont repris cette proposition à la radio. Quelques semaines plus tard, il a reçu une vingtaine de lettres de communes voulant se débarrasser de leur corbillard. Les maires ne souhaitaient plus les stocker ni les détruire.

Une collection de 130 hippomobiles

Ces véhicules hippomobiles, en bois ou en métal, étaient financés par les dons paroissiaux et appartenaient aux communes. Au fil des ans, Yvan Quercy père en a récupéré 130, datant de 1820 à 1945, tous français et majoritairement du Sud-Ouest. Soixante-neuf sont exposés au musée, alignés solennellement avec le nom de la commune qui les a légués, dans un hangar traversé par un long tapis bleu.

Des mannequins d'enfants de chœur et un confessionnal agrémentent la mise en scène. Le corbillard de Charmadelle (Gironde), entièrement capitonné pour faire face à une épidémie de peste, est le plus ancien, datant des années 1820 ou 1830. Celui de Bartrès (Hautes-Pyrénées) a servi lors des funérailles des parents de Bernadette Soubirous. Le visiteur peut aussi admirer les imposantes proportions du corbillard de Mirandol, ancien carrosse donné à la commune par un notable après avoir acheté une automobile.

Un guide passionné

Yvan Quercy guide les visiteurs, habillé en habit de cocher gris et chapeau sur la tête, pour accentuer la plongée dans l'histoire. Il explique : « Le style du corbillard correspondait à celui des meubles de l'époque et il donnait l'idée de la richesse de la commune. Selon la classe sociale du défunt, il était décoré ou non. Ceux des notables étaient ornés de pompons, de teintures noires ou argentées, et on payait des pleureuses. C'est de cette tradition que vient l'expression enterrement de première classe. »

Serge, un voisin et ami, a déjà visité le musée trois fois. Il confie : « Les anecdotes d'Yvan sont incroyables, il fait vraiment vivre ce musée avec passion. J'apprends encore quelque chose aujourd'hui, par exemple sur les lanternes allumées à l'entrée de la maison du mort. La première fois que je suis entré ici, j'étais surpris, mais il n'y a pas de côté morbide. »

L'arrivée des corbillards automobiles

Avec l'apparition de l'automobile et l'obligation de réfrigération, les corbillards tirés par des chevaux ont laissé la place dans les années 1950 à des véhicules motorisés. Deux camions corbillards Peugeot sont visibles dans un autre hangar, dont un surmonté de flammes et de croix sur le toit. À côté, un camion de la Poste qui servait aussi de fourgon pour les gendarmes, des engins agricoles comme des moissonneuses-batteuses en bois, une charrette de la marchande de lait ou la pompe à incendie de Bondigoux. De belles calèches, parfois louées pour des mariages, sont également conservées. Certaines sont apparues au cinéma, comme dans le film « Noël en Quercy » de Raymond Pinoteau, où Yvan Quercy père a joué un figurant.

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Des demandes insolites

Gérer un tel musée implique des demandes extravagantes. Une femme a appelé pour acheter un corbillard afin de le transformer en lit à baldaquin, et deux personnes voulaient dormir une nuit dans le hangar des corbillards. Yvan Quercy refuse ces bizarreries. Il regrette que son établissement, qui ne reçoit aucune subvention, n'accueille plus les scolaires depuis une quinzaine d'années. Avant le Covid, le musée était une halte pour de nombreux cars de touristes, français et étrangers. Aujourd'hui, la fréquentation a chuté : entre 600 et 700 visiteurs par an, le pic ayant lieu à la Toussaint. Yvan tient également un restaurant sur la ferme, qui restera fermé cet été à cause de dégâts matériels liés à une tempête en février.