Le marquis de Castries, architecte méconnu de l'indépendance américaine, célébré à Sète
Marquis de Castries, héros de l'indépendance américaine honoré

Le marquis de Castries, architecte méconnu de l'indépendance américaine

L'association des Amis du château de Castries a récemment animé l'événement Escale à Sète en faisant revivre, à travers des saynètes historiques, l'extraordinaire destin du marquis Charles-Eugène-Gabriel de La Croix de Castries. Ce ministre de la Marine de Louis XVI conçut le plan stratégique qui permit la victoire décisive de la flotte française à Chesapeake, bataille déterminante pour l'indépendance des États-Unis dont on célèbre actuellement le 250e anniversaire.

Un bénévole en costume du XVIIIe siècle harangue la foule

Perché sur un tonneau et vêtu d'une tenue d'apparat du XVIIIe siècle, un bénévole de l'association captivait les visiteurs sur le quai d'Alger durant Escale à Sète. "Mes amis ! Écoutez le récit de la bataille de la Chesapeake pendant laquelle notre marine royale a mis en fuite la puissante Royal Navy !" lançait-il avec passion. Cette animation vivante permettait de découvrir l'œuvre méconnue du marquis de Castries, décrit par le général Elrick Irastorza, ancien chef d'état-major de l'armée de terre et féru d'histoire militaire, comme "l'homme le plus brillant de la branche aînée d'une famille de la grande bourgeoisie montpelliéraine".

Une carrière militaire précoce et exceptionnelle

Né en 1727, Charles-Eugène-Gabriel de La Croix de Castries s'engagea très jeune dans l'armée. Il se distingua rapidement lors de la guerre de Succession d'Autriche sous les ordres du maréchal de Saxe dans les Flandres. À seulement 17 ans, il obtint ses galons de commandant de régiment après s'être illustré à Lawfeld, près de Maastricht, où il conduisit trois assauts successifs et tint ferme pendant deux heures sous le feu ennemi. Présenté au roi Louis XV, il fut nommé maréchal de camp à 20 ans.

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Sa carrière militaire culmina lors de la guerre de Sept Ans, où il battit les armées du duc de Brunswick lors de la célèbre bataille de Clostercamp, près de Wesel sur le Rhin. À 33 ans, il commandait alors 33 000 hommes. Malgré ses succès militaires et sa réputation galante, il connut une période d'éclipse avant d'être nommé secrétaire d'État à la Marine par Louis XVI le 14 octobre 1780.

Le plan génial qui changea le cours de l'histoire

Dès sa nomination, le marquis de Castries entreprit une réorganisation complète de la Marine Royale. Mais son œuvre la plus marquante fut la conception d'un plan stratégique brillant pour soutenir les treize colonies américaines dans leur guerre d'indépendance contre l'Angleterre.

Le général Irastorza explique avec passion cette manœuvre militaire exceptionnelle : "Le ministre décida de maintenir en Manche une activité navale menaçante face aux côtes anglaises et d'envoyer une flotte vers l'océan Indien sous les ordres de Suffren. Ces deux manœuvres de diversion masquaient l'envoi de la flotte principale vers l'ouest, qui se divisa au milieu de l'Atlantique."

Une partie de la flotte se dirigea vers les Antilles tandis que l'autre rejoignit les 5 500 hommes de Rochambeau à Newport. Ce renfort de plus de 10 000 soldats français permit à George Washington d'abandonner la conquête de New York pour cibler le général britannique Cornwallis, isolé à Yorktown. La victoire navale française dans la baie de Chesapeake coupa définitivement les lignes de ravitaillement britanniques, conduisant à la reddition de Cornwallis le 19 octobre 1781.

La reconnaissance historique et l'héritage durable

Le marquis de Castries eut l'honneur de contresigner le traité de Versailles le 3 septembre 1783, établissant officiellement l'indépendance des États-Unis. Cette reconnaissance fut complétée par son élévation à la dignité de Maréchal de France. De retour en temps de paix, il élabore le "Code Castries", une série de réformes majeures de la Marine nationale qui aboutirent notamment à la création de l'École Navale.

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Visionnaire, il mit en garde Louis XVI dès 1785 sur les troubles à venir : "Il y a déjà longtemps que des mécontents multipliés se sont fait remarquer dans le royaume et que l'on s'est aperçu de l'altération de l'esprit national". Le roi regretta plus tard de ne pas avoir écouté ses conseils. À la Révolution, le marquis émigra auprès du duc de Brunswick, qu'il avait pourtant combattu à Clostercamp, et mourut en exil le 11 janvier 1801.

Le château de Castries, un patrimoine en renaissance

Construit vers 1565 puis redessiné au XVIIe siècle, le château de Castries sortit du giron familial avec la Révolution. Pillé et vendu par parts comme bien national, il fut racheté en 1828 par le petit-fils du marquis qui consacra sa vie à sa restauration. Après avoir appartenu à l'Académie Française, le château fut acquis par la Ville de Castries en 2013.

Depuis 2020, le parc est ouvert quotidiennement au public et accueille régulièrement des événements culturels. Une nouvelle étape s'annonce avec l'appel à manifestation d'intérêt remporté par la société AV Extended, spécialisée dans la mise en lumière de monuments prestigieux comme Notre-Dame-de-Paris ou la tour Eiffel. Des mappings intérieurs et extérieurs, ainsi que des rendez-vous musicaux et culturels réguliers, promettent de donner une nouvelle vie à ce "petit Versailles du Languedoc".