Le Tunoscope de Sète : un musée inédit pour le thon rouge de Méditerranée
Alors que la pêche méditerranéenne fait face à des défis économiques et environnementaux, une initiative originale voit le jour à Sète, dans l'Hérault. Le Tunoscope, musée entièrement dédié au thon rouge, a ouvert ses portes le 31 mars, coïncidant avec l'événement Escale à Sète. Ce projet, porté par deux frères pêcheurs, Jean-Gérald et Martial Lubrano, propose une immersion dans l'univers de cette espèce emblématique, mêlant histoire, art contemporain et enjeux actuels.
Une histoire ancestrale et des défis contemporains
Le musée retrace le parcours du thon rouge, Thunnus thynnus, depuis l'Antiquité où il était déjà prisé par les Romains et les Grecs, jusqu'aux questions modernes de surpêche et de gestion durable. À travers des tableaux interactifs, les visiteurs découvrent comment cette espèce, menacée à la fin des années 2000, a vu ses stocks se reconstituer grâce à une surveillance stricte et des quotas instaurés en 2008.
« C'est une pêche qui a profondément marqué le territoire », explique Jean-Gérald Lubrano, fils et petit-fils de pêcheur. « Ce savoir-faire ne s'improvise pas, il se transmet. » Le musée naît d'une idée germée en 2018, retardée par la pandémie de Covid-19, et aboutit huit ans plus tard comme un hommage aux racines maritimes locales.
Un lieu immersif entre patrimoine et modernité
Le Tunoscope se veut un espace « immersif et évolutif », présentant non seulement l'histoire et les techniques de pêche, mais aussi des expositions temporaires. La première est consacrée au photographe montpelliérain Laurent Vilarem. On y trouve également un « Thonbisnoscope » recensant les espèces, des portraits de pêcheurs 2.0, et des récits historiques.
Jean-Gérald Lubrano souligne : « Le Tunoscope est aussi là pour dire que derrière les crises, il y a des solutions et des visages. » Cette phrase résonne particulièrement dans un contexte où les pêcheurs sont touchés par la crise du gasoil et la réduction des quotas, faisant de ce musée un baume au cœur pour la profession.
Réconciliation entre scientifiques et pêcheurs
Jean-Marc Fromentin, chercheur à l'Ifremer et spécialiste du thon rouge, salue cette initiative : « Il y a 25 ans, il y avait de la tension entre scientifiques et pêcheurs, les stocks étaient surexploités. Aujourd'hui, grâce à un plan de reconstitution, il n'y a plus de raison d'avoir une opposition. » Le musée sert ainsi de pont, rappelant que le thon rouge, bien que ne représentant que 1% des captures mondiales de thon, a été au cœur de tensions internationales, notamment pour sa chair prisée au Japon.
Les frères Lubrano, armateurs spécialisés dans cet « or rouge », n'oublient pas les années de tourmente et rendent hommage aux gens de mer, « car nous avons aussi perdu une partie de la flottille ». Installé à Sète, premier port de pêche en Méditerranée française et leader chez les thoniers senneurs, le Tunoscope incarne ainsi une vision contemporaine de la pêche raisonnée, alliant préservation du patrimoine et innovation.



