Des fouilles de grande envergure
D'importantes fouilles archéologiques ont été menées sur huit hectares de terres entre Labastide-Monréjeau et Labastide-Cézéracq depuis 2019. Samedi 2 mai, Philippe Gardes, archéologue en chef, a présenté les contours d'un haut lieu taillé pour tenir tête à l'irrémédiable conquête romaine. Les coureurs de la Passem sont passés à Labastide-Monréjeau après 16 h 05, ce samedi 2 mai. L'archéologue Philippe Gardes en avait terminé de sa conférence, comme convenu. À 14 h 30 et après avoir manifesté son envie de ne pas tarder, il s'était fait pourtant désirer, en saluant quelques administrés. « Ces gens-là ne sont pas à 2000 ans près », vannait le maire Jean-Simon Leblanc, micro déjà en main. Le public, « rangé à la spartiate » jusqu'au rebord des fenêtres, attendait depuis longtemps. Sept ans, 2019 et cette hypothèse à confirmer : la petite commune et sa sœur Labastide-Cézéracq auraient connu un passé aussi glorieux que soudain. Suffisant pour coiffer la couronne de « primum » capitale du Béarn, au détriment de Lescar.
Les conclusions de l'archéologue
La foule s'est serrée à Labastide-Monréjeau pour écouter les conclusions de l'archéologue Philippe Gardes. « On se situe vers -120 avant Jésus-Christ », renseigne le chercheur de l'Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives), devant un écran vidéo projeté aussi grand que le drapeau béarnais installé à côté. « Suivante », les diapositives s'enchaînent. L'universitaire Mickaël Xampéro s'exécute. L'élève et le maître sont comme à la maison. Pendant sept ans bien morcelés par le Covid-19 et la météo, ils ont arpenté en profondeur le site dit de La Redoute de Castera, à cheval sur une forêt et le terrain de Jean-Claude Darette, exploitant agricole et par la force des choses, archéologue bénévole.
Un programme global
Les différentes campagnes menées jusqu'en 2025 ont monopolisé de nombreux spécialistes, étudiants, connecté les acteurs publics (universités, municipalités, Drac de Nouvelle-Aquitaine) et scientifiques (Inrap, laboratoire Traces du CNRS). Elles s'inscrivent dans un programme global, mûri en 2016 autour de 650 sites, fortifications préromaines, du sud de la Garonne. Celui de Labastide, initialement débusqué grâce à un pilleur archéologique épinglé dans les années 1990, précède la conquête romaine et l'avènement de Lescar comme place forte du territoire. Huit hectares ont été sondés, dont un bon morceau contraint, selon les saisons, par la culture du maïs en son sol. La technologie du Lidar (télédétection par laser), la pelle mécanique et « l'huile de coude » ont permis de mettre au jour les vestiges d'une véritable agglomération, enfouie quelques strates de terres plus bas.
Une certaine aristocratie
Durant tout le dernier siècle avant J.-C., cette ville neuve juchée sur une excroissance de plateau était entourée de remparts hauts de sept mètres, ouverts en quatre portes (ouest, nord, sud, sud-est). La population se « chiffrait en milliers », estime Philippe Gardes sans pouvoir « être plus précis ». Des Aquitains - et pas des moindres puisque la découverte d'un moule à alvéoles « pour fondre une monnaie », de fragments d'amphore romaine à vin, de bronze et les traces d'un sanctuaire, entre autres - attestent d'un certain niveau de vie et de l'importance administrative du site. Ces interprétations sont corrélées avec les connaissances du contexte aquitain de l'époque, justement soumis à une croissance démographique et économique importante avant la conquête romaine. Les anciens remparts se devinent, pris dans la forêt.
Urbanisation et structuration
Au cours des fouilles, le zoom fait sur trois zones isolées au sein des huit hectares confirme l'urbanisation (systèmes de voies, d'assainissement) des lieux. La présence de nombreux trous, donc celle jadis de poteaux en bois, a permis aux chercheurs de tracer des plans, d'identifier des logiques et d'attester d'une « occupation très structurée ». Digne d'une capitale ? « Le Castéra n'est pas la seule hypothèse, je suis obligé d'en parler, s'amuse Philippe Gardes. Les autres sites sont en tout cas plus petits. »
La conquête romaine
Et ils n'ont pas non plus résisté à la conquête romaine, menée dans la région par Publius Crassus, dès 56 av. J.-C. Si la progressive reddition des peuples aquitains s'est jouée en une bataille clé, « quelque part au nord de l'Adour », comme en atteste le récit de campagne de César, l'évocation durant la conférence d'un second théâtre d'affrontement décisif, dont la géolocalisation demeure inconnue, a suscité les fantasmes de quelques membres du public. L'anti-impérialisme romain a de beaux jours à Labastide, qui se contentera d'abord d'un livre guide pour vanter son passé souverain.
Pas d'amalgame
Mal en a pris au chercheur Philippe Gardes d'avoir prononcé le mot « gaulois » pour évoquer les anciens occupants du territoire. Le Béarnais, pourtant bien au fait, a dû faire face au chauvinisme revigoré de certains spectateurs, mais « quand ce n'est pas le sujet », le temps est trop compté pour digresser. Telle a été la réponse donnée par l'archéologue qui s'est contenté de rappeler que La Gaule, segmentée en trois, comprenait des Aquitains, eux-mêmes subdivisés en plusieurs peuples. Les hiatus demeurent autour des sociétés paysannes établies en Béarn, qui employaient, en tout cas, un alphabet à consonance ibérique. Les fouilles, divisées en trois campagnes, ont coûté près de 50 000 euros.



