La justice administrative protège le patrimoine historique d'Arcachon
Dans une décision récente, la cour administrative d'appel a confirmé l'annulation du permis de démolir les bâtiments abritant le musée-aquarium d'Arcachon, considéré comme le plus ancien du monde depuis son ouverture en 1867. Cette bataille judiciaire marque un tournant important dans le long feuilleton entourant l'avenir de ce site emblématique situé en front de mer, rue du Professeur-Jolyet, sur un terrain appartenant à l'Université de Bordeaux.
Un patrimoine menacé par un projet immobilier
Fermé au public depuis 2020 pour des raisons de sécurité liées à sa vétusté, le musée-aquarium fait l'objet d'un conflit entre les défenseurs du patrimoine et l'Université de Bordeaux. Cette dernière souhaite en effet vendre le terrain à un promoteur immobilier, la Financière Duval, pour y construire un hôtel de luxe, tout en déménageant la station marine et son laboratoire de recherche vers un autre site à Arcachon.
Pour réaliser ce projet, le préfet de la Gironde avait délivré en 2018 un permis de démolir visant plusieurs bâtiments du site, dont l'aquarium historique. Cette autorisation ouvrait la voie à une transformation complète de l'îlot Peyneau, mais elle a été annulée en première instance par le tribunal administratif de Bordeaux en 2023, suite à une plainte déposée par un riverain du quartier.
Une décision fondée sur la protection du patrimoine bâti
La cour administrative d'appel, saisie par l'État qui avait fait appel de la première décision, vient de confirmer l'illégalité du permis de démolir. Dans son arrêt, la cour souligne que les bâtiments concernés sont répertoriés dans la charte architecturale annexée au plan local d'urbanisme d'Arcachon comme des « éléments remarquables du bâti ».
La cour relève notamment que ces édifices, d'inspiration classique et reprenant les codes du style arcachonnais, doivent être protégés selon les règles d'urbanisme en vigueur. Elle constate également que, malgré leur état de vétusté ou de dégradation avancée, il n'est pas prévu de les recréer à l'identique, contrairement aux exigences de la charte architecturale.
Les arguments du promoteur rejetés
La cour a rejeté les arguments avancés par le promoteur, qui assurait que le projet final intégrerait des éléments architecturaux remarquables. Elle estime que la démolition de la quasi-totalité des bâtiments entraînerait « un bouleversement tel qu'il conduirait à changer la nature même du projet ».
Cette décision se limite à la légalité du permis de démolir et ne concerne pas le permis de construire, qui fait l'objet de contestations séparées devant la justice administrative. Toutefois, elle représente une victoire significative pour les défenseurs du patrimoine arcachonnais.
Les implications pour l'avenir du site
La station marine et son laboratoire de recherche continuent de fonctionner sur le site, mais l'avenir du musée-aquarium reste incertain. La décision de la cour administrative d'appel renforce la protection juridique des bâtiments historiques et pourrait influencer les futurs projets de réhabilitation ou de développement sur l'îlot Peyneau.
Cette affaire illustre les tensions entre la préservation du patrimoine historique et les pressions immobilières dans les zones côtières prisées. Elle met également en lumière l'importance des outils d'urbanisme, comme les chartes architecturales, dans la protection des édifices remarquables.



