La Ville de Paris, en collaboration avec l'association Femmes & Sciences et la société d'exploitation de la tour Eiffel (SETE), a décidé de rendre hommage à 72 femmes scientifiques françaises en gravant leurs noms dans l'acier de la tour Eiffel. Parmi elles figure Jacqueline Ferrand, née à Alès le 17 février 1918 et décédée le 26 avril 2014 à Sceaux. Cette initiative met fin à l'anonymat de ces femmes qui ont marqué l'histoire des sciences, alors que la tour Eiffel, depuis 1889, ne célébrait que des scientifiques masculins.
Un parcours exceptionnel
Jacqueline Ferrand intègre l'École normale supérieure de la rue d'Ulm en 1936, faisant partie de la première promotion de filles admises à y étudier les mathématiques et les sciences. Elle obtient la première place au concours masculin d'agrégation de mathématiques en 1939, ex æquo avec Roger Apéry. Le mathématicien Jean Dieudonné, membre du jury, se souvient que seules deux copies l'avaient impressionné par leur sens de l'analyse et leur maturité précoce : celles de Roger Apéry et de Jacqueline Ferrand.
Une carrière brillante
Enseignante à l'École normale supérieure de jeunes filles, elle prépare ses élèves à l'agrégation tout en poursuivant ses recherches sous la direction d'Arnaud Denjoy. En 1942, elle soutient sa thèse sur les fonctions de variables complexes, ce qui lui vaut le prix Girbal-Baral de l'Académie des sciences en 1943, puis le prix Peccot du Collège de France. Ses travaux ont eu une influence considérable en analyse complexe et en géométrie riemannienne.
Mariée en 1947 au mathématicien Pierre Lelong, mère de quatre enfants, Jacqueline Ferrand occupe de 1948 à 1956 la chaire de calcul différentiel et intégral et de géométrie supérieure à l'université de Lille. Après une année sabbatique à l'université de Princeton, elle devient professeure titulaire à l'université de Paris, où elle enseigne jusqu'à sa retraite en 1984. Elle fut l'une des premières femmes professeures titulaires de la faculté des sciences à Paris.
Un héritage durable
Selon Pierre Pansu, agrégé de mathématiques et ex-chargé de recherche au CNRS, les travaux de Jacqueline Ferrand ont une influence sensible dans plusieurs branches des mathématiques, bien qu'ils soient peu connus en France. Elle n'a pas cherché à fonder une école, mais a mené des collaborations à l'étranger, notamment en Finlande, où elle jouit d'une grande considération. En hommage à son brillant parcours, la Société mathématique de France a créé un prix Jacqueline Ferrand.



