Un joyau diplomatique au cœur de Paris
Quelques jours après avoir relaté l'histoire fascinante de l'hôtel de Béarn, notre rédaction a eu le privilège de visiter cet hôtel particulier parisien qui accueille aujourd'hui l'ambassade de Roumanie. Un véritable joyau architectural qui rivalise avec les plus beaux palais de la capitale.
Une invitation diplomatique rapide
Il n'aura fallu qu'un simple courriel et quelques heures pour que Vlad Angelescu, ministre plénipotentiaire de l'ambassade de Roumanie en France, accepte notre demande de visite. Cet hôtel particulier, érigé en 1895 sur ordre de Martine de Béhague, comtesse de Béarn, héberge la représentation diplomatique roumaine depuis son acquisition par le roi Carol II de Roumanie en 1939.
Une entrée transformée par les travaux
En cet hiver 2026, l'entrée principale rue Saint-Dominique est fermée. D'imposants travaux de rénovation occupent la cour pavée ovale où stationnaient autrefois calèches et voitures avec chauffeurs. Les visiteurs accèdent désormais par l'aile administrative, rue de l'Exposition, que l'ambassade partage avec l'Institut culturel roumain et le Consulat.
Cette aile moderne contraste avec la splendeur qui se révèle après les portiques de sécurité. Un magnifique jardin se dévoile, agrémenté de statues néoclassiques, d'une fontaine et d'une exposition d'art contemporain inspirée des grands athlètes roumains. L'hôtel avait accueilli la délégation tricolore lors des Jeux Olympiques de 2024.
Une histoire de démolition et reconstruction
Difficile d'imaginer qu'un grand palais occupait autrefois l'emplacement de ces pelouses verdoyantes. C'est pourtant là que fut construit le premier hôtel particulier de la famille de Béhague. Victoire-Félicité, la grand-mère de Martine, l'avait fait édifier à partir de 1866 par l'architecte Hippolyte Destailleur.
Martine de Béarn, indépendante d'esprit et passionnée d'art, décida de tout raser ou presque. Seul le petit hôtel paternel fut conservé. Devenue comtesse de Béarn par son mariage, elle fit construire un nouvel hôtel particulier entre 1895 et 1904, confiant la réalisation au fils de l'architecte Destailleur.
Les trésors architecturaux
Dès l'entrée, un escalier en marbre de Sarrancolin impressionne par sa polychromie esthétique mariant roses, gris et bleus. « Ce marbre est extraordinaire », souligne Gabriela Massaci, conseillère des Affaires culturelles. La montée est accompagnée de dorures et d'un imposant garde-corps en fer forgé noir.
Au premier étage, le grand salon doré de style rococo brille par ses moulures entièrement recouvertes à la feuille d'or. Cette pièce accueille aujourd'hui les réceptions officielles de l'ambassadrice de Roumanie. La salle à manger révèle quant à elle une toile de François Boucher, « La Renaissance de Vénus », datant de 1731.
La bibliothèque et son héritage littéraire
La bibliothèque d'Octave de Béhague se dévoile derrière une poignée magnifique. Cette pièce circulaire sur trois niveaux abritait autrefois des livres rares et des enluminures. Martine de Béarn reconstitua les collections avec l'aide de son bibliothécaire personnel, le poète Paul Valéry, avant qu'il n'entre à l'Académie française.
Le chef-d'œuvre byzantin
La pièce maîtresse reste sans conteste la grande salle de concert privée de 12 mètres sous plafond, construite à partir de 1898. Commandée par Martine de Béarn sur le modèle des églises byzantines, elle présente une lignée de colonnes antiques coiffées de chapiteaux décoratifs.
La scène dissimule un ingénieux système de poulies permettant de changer les décors rapidement, tandis qu'un orgue est caché dans le mur de droite. Cette salle pouvait accueillir jusqu'à 600 spectateurs dans ses plus belles années.
Un symbole des relations franco-roumaines
« Nous avons la chance de disposer d'une des plus belles ambassades de Paris », déclare l'ambassadrice Ioana Bivolaru. « C'est le plus grand atout de la Roumanie en France et un symbole des relations franco-roumaines. La comtesse de Béarn créait des ponts entre les artistes et le public. Nous perpétuons cette tradition avec l'ambassade de Roumanie. »
Ce palais exceptionnel, situé au 123 rue Saint-Dominique dans le 7e arrondissement, continue ainsi de mêler histoire, art et diplomatie, témoignant de l'importance des échanges culturels entre la France et la Roumanie.



