Eugénie de Montijo, née le 5 mai 1826, est devenue impératrice des Français en épousant Napoléon III. C'est à cette jeune et intrépide souveraine que Biarritz doit sa fortune et sa renommée. Arrivée sur la Côte basque avec son époux en 1854, elle a immédiatement été séduite par les lieux. Retour sur les années biarrotes du couple impérial et leur goût pour le Sud-Ouest, à travers un article publié en 2020.
Première visite impériale à Biarritz
Le 20 juillet 1854, Napoléon III et sa jeune épouse, Eugénie de Montijo, comtesse de Teba, sont attendus à Biarritz. À 16 heures, les souverains arrivent à Bayonne, venant de Dax, terminus provisoire du chemin de fer. Ils ont ordonné qu'aucune réception ne soit organisée, car ils souhaitent poursuivre jusqu'à Biarritz. Cependant, drapeaux et banderoles pavoisent la ville, et la foule se presse pour les accueillir. Si c'est la première fois que le couple impérial vient à Biarritz, Eugénie, elle, y est déjà venue. Sous Louis-Philippe, ce petit port de pêche était déjà apprécié d'une clientèle espagnole comme lieu de vacances. Au tournant du demi-siècle, des membres de l'aristocratie anglaise, russe, française ou espagnole viennent y chercher « distraction et santé, et lui apporter en échange une partie de leur fortune ».
Eugénie, une nageuse intrépide
En 1834, passant par Biarritz, la petite Eugénie – elle a 8 ans – est enchantée par le site. En 1847, la comtesse de Montijo vient à Biarritz avec ses deux filles et y est désormais fidèle. Eugénie pratique les bains de mer, qu'elle adore, tout comme elle adore l'océan. « L'impératrice disait qu'elle ne rêverait pas de plus belle mort qu'en pleine mer », écrit Lucien Daudet, qui l'a connue en Angleterre pendant les vingt dernières années de sa vie. Bonne nageuse, elle n'hésite pas à s'aventurer au-delà du raisonnable, comme ce jour de 1850 où, dépassant la corde de sécurité et manquant de se noyer, elle est sauvée par quelques baigneurs aussi téméraires qu'elle.
La rencontre avec Napoléon III
En 1852, la comtesse de Montijo revient à Biarritz avec Eugénie seule, sa cadette étant mariée avec le duc d'Albe. C'est là qu'elles reçoivent l'invitation du prince-président pour le rejoindre à Fontainebleau. Napoléon III est tombé amoureux d'Eugénie. En décembre 1852, il se décide à demander sa main, après avoir déclaré sa flamme en lui faisant gagner lors d'une « loterie » un anneau d'or et une épingle avec un trèfle d'émeraude entouré de diamants. C'est à l'inévitable Jean-François Mocquard (chef de cabinet de l'Empereur) que Napoléon III demande de porter sa demande en mariage, le 15 janvier 1853. Le mariage a lieu le 29 janvier à Saint-Cloud. Achille Fould reçoit le consentement des époux et le Bordelais Mgr Donnet est appelé ce jour-là, parmi bien d'autres, à signer l'acte du mariage civil.
Miss Howard, la maîtresse anglaise
Cette belle histoire doit être tempérée. Depuis des années, Louis-Napoléon a une liaison avec Miss Howard, cette Anglaise qui a donné beaucoup d'argent pour ses entreprises, payé les campagnes électorales, et joue désormais volontiers le rôle de maîtresse de maison dans les fêtes du président. Il veut se séparer d'elle, ce qui fut difficile, et toute la diplomatie de Mocquard fut mise à contribution. Mais qui épouser ? Plusieurs cours royales sont sollicitées en vain dans cette année où nul ne sait trop si le prince-président, dont le coup d'État fut sanglant, va ou non rétablir l'Empire. Et puis il y a Eugénie. Le futur Napoléon III la désire, elle se refuse. L'empereur – il le devient effectivement le 2 décembre 1852 – prend sa décision : il épousera Eugénie. Ce qu'il fait donc le 29 janvier 1853.
Le charme de Napoléon III
Nombre de contemporains ont décrit l'empereur. « Il était franchement laid de figure, sa tournure laissait beaucoup à désirer ! Le haut du corps semblait trop lourd pour les jambes, il marchait mal ; cependant, malgré tout, il plaisait, et, mieux que cela, il charmait […]. Les manières de l'empereur étaient exquises, et il avait une grande simplicité, ce manque absolu de toute pose qui distingue en première ligne le grand seigneur du commun des mortels. […]. Il s'exprimait facilement et mettait tout de suite la personne avec qui il parlait à son aise […]. Si quelqu'un avait pu m'apprendre le naturel, certainement, c'est l'empereur Napoléon qui me l'aurait enseigné. »
« La femme la plus femme qu'on puisse imaginer »
Si Napoléon III est « franchement laid », en revanche nombreux sont ceux qui ont décrit la beauté d'Eugénie. Eugène Sue aurait prêté son visage et quelques traits de son caractère à l'héroïne du Juif errant, Adrienne de Cardoville, s'il faut en croire Lucien Daudet dans L'Inconnue. Lisons-en quelques lignes : « C'était la femme la plus femme qu'on puisse imaginer : femme par sa grâce, par ses caprices, par son charme, par son éblouissante et féminine beauté ; femme par sa timidité comme par son audace, femme par sa haine du brutal despotisme de l'homme comme par le besoin de se dévouer follement, aveuglément, pour celui qui pouvait mériter ce dévouement ; femme aussi par son esprit piquant, un peu paradoxal, femme supérieure enfin par son dédain juste et railleur pour certains hommes très haut placés. »
Biarritz à l'égal de Fontainebleau ou Saint-Cloud
Nous sommes à Biarritz, en ce 20 juillet 1854. C'est une visite et rien de plus, même si le séjour va finalement durer un mois pour le couple et deux pour l'impératrice. Rien ne laisse présager que Biarritz va devenir, comme Fontainebleau, Compiègne, Saint-Cloud, un passage obligé dans l'année impériale. Où coucher le couple impérial ? Le sous-préfet Laity, qui a participé à l'aventure ratée de Strasbourg en 1836, contacte le propriétaire du château de Gramont, qui cède sa propriété pour 3 000 francs. Situé sur le plateau près de l'église, comportant 6 à 8 chambres, un perron surmonté d'un balcon, le château est entouré d'un vaste parc et domine la mer. Les souverains y arrivent en voiture.
Napoléon III, « inventeur » du béret basque
Napoléon III travaille tous les jours avec Mocquard, qui fait le lien avec la capitale et les ministres. Le 13 août, il lui apporte à signer le décret d'aménagement de la place de l'Étoile à Paris, que lui a fait passer Haussmann. Mais l'empereur aussi, tous les jours, se promène, sur la côte et dans l'arrière-pays. On raconte que c'est Napoléon III qui, découvrant le couvre-chef des autochtones, le qualifia de « béret basque », alors qu'il est d'origine béarnaise. Le poids de la parole impériale fait que l'appellation a perduré. C'est ainsi que le béret basque est entré dans l'histoire.
Construction de la villa Eugénie
Ce séjour va-t-il être unique ? Les impériaux époux reviendront-ils ? Eugénie aime Biarritz. Elle poursuit d'ailleurs son séjour pendant un mois, après le départ de l'empereur le 19 août. Elle adore l'océan, les promenades à pied, les sorties en mer, les bains de mer. C'est elle qui y a attiré son époux, encore amoureux d'elle. Mais Napoléon III y prend goût. Il décide de construire un lieu de résidence. Dès le mois d'août, il achète plus de 5 hectares pour construire la villa Eugénie. Au fil des années, par des achats successifs, il agrandira la propriété, qui devait atteindre 26 hectares, dont 18 hectares de dunes.
Aplatir les dunes, construire les routes
Du Moulin de Blaye au plateau du Phare, 26 hectares s'étendent, vides et sableux. L'empereur achète 5 puis 8 hectares, et enfin prend une option sur les autres, tout en désignant un comité chargé de l'élaboration du projet. Il faut aplatir les dunes, construire des routes, dessiner des jardins, assécher des étangs, sous la direction de Daguenet, ingénieur des Ponts et Chaussées, qui plante des joncs pour fixer les dunes, tandis que Neumann, chef jardinier du château de Pau, plante des pins par milliers.
En 1855, le couple, avec un cortège réduit, revient passer quelques jours – du 24 au 27 juillet 1855 – pour surveiller l'avancée des travaux. Depuis mars 1855, la ligne Dax-Bayonne est ouverte. La Compagnie des chemins de fer du Midi et du canal latéral à la Garonne a fait le forcing – on pouvait compter sur Émile Pereire ! – et le chemin de fer dessert Bayonne. Quand Eugénie est enceinte, elle vient quelques jours se reposer à la villa, avant d'aller séjourner aux Eaux-Bonnes. L'accouchement, le 16 mars 1856, ayant été difficile, ses médecins lui conseillent « le bon air marin ». Et c'est à nouveau un séjour à la villa Eugénie.
Septembre, le « mois de Biarritz »
Le bâtiment principal est achevé à l'été 1855 : un corps central avec deux ailes, entouré d'une terrasse circulaire de 30 mètres de largeur. Il comporte un perron à trois marches avec au-dessus une longue façade aux colonnes doriques et des portes donnant sur un balcon. La villa domine la mer de 12 à 14 mètres, à 35 mètres en arrière du rivage. Au bâtiment principal, composé d'un corps central et de deux ailes en retour encadrant la cour d'honneur et haut de deux étages surmontés d'un attique, devrait s'ajouter « une troisième aile, formant aussi retour vers le Midi, et qui, mesurant moins de longueur que les deux autres, ne s'élèvera que d'un premier étage », construction destinée aux appartements du couple impérial. La villa sera complètement terminée en 1859. À partir de 1856, la venue du couple impérial devient rituelle : septembre devient le « mois de Biarritz ».
Le bonheur à Biarritz
En 1856, la villa Eugénie est habitable, et les séjours s'organisent, d'autant que le prince impérial est né le 16 mars. Napoléon III ayant décidé que le train devait desservir la ville, le 16 août 1856, c'est le départ de la cour pour Biarritz. D'abord jusqu'à Bordeaux, puis de Bordeaux à Biarritz. Le train impérial est composé de six wagons : un premier pour les bagages, puis la salle à manger avec table pliante et salon (divans, chaises, fauteuils), puis le wagon-fumoir, le salon du couple impérial, la chambre du couple, enfin le wagon réservé à Louis-Eugène, ses gouvernantes et ses nourrices. Tous les ans, le couple fait le voyage, sauf en 1860 et 1869. Biarritz, contrairement aux autres lieux des déplacements annuels de Napoléon III, garde un côté familial. En septembre 1857, le docteur Menière y passe. « À Biarritz, le petit palais que l'on a construit pour S. M. l'impératrice est simple et joli, admirablement situé, sans prétentions, et je ne connais rien de plus charmant qu'une habitation de ce genre. Ce matin, en me promenant sur la plage, j'ai vu le petit prince jouant sur le sable, vif, gai, riant, bel enfant. »
Cèpes à l'ail et pêches « gigantesques »
Promenades, parties de pêche, baignades. « Nous mangeons des cèpes à l'ail, des pêches gigantesques ; nous allons nous promener le long de l'Adour ; enfin nous menons une vie très confortable et très peu agitée » écrit Mérimée, qui y vient toujours. Vient aussi le roi des Belges, Léopold Ier, le prince de Monaco, l'ambassadeur d'Autriche, Richard de Metternich et sa femme. Eugénie n'aime pas Haussmann, mais invite son épouse, qui y vient régulièrement. On y écoute des complaintes espagnoles. Mais pas de « séries », pas d'invités pour une semaine.
Les invitations peuvent se faire à l'occasion d'une rencontre, comme on l'a vu pour Émile Pereire, ou comme l'invitation aux Metternich auxquels l'empereur et l'impératrice rendent visite à leur hôtel et à qui l'empereur propose de venir le soir même à la villa Eugénie. Quand elle arrive, à 9 heures, la princesse de Metternich voit Eugénie en train de faire une patience, alors que ses dames d'honneur travaillent. « Toute étiquette de cour était bannie » note la princesse non sans satisfaction.
Les baignades de l'impératrice
Tous les matins, l'impératrice va à la messe, soit à l'église de Biarritz, soit au refuge d'Anglet où se trouvent la congrégation des servantes de Marie et le père Cestac, qui a été son confesseur quand elle était jeune. Se succèdent promenades à pied et en voiture, bains de mer, réceptions officielles et privées. Eugénie se baigne à la Côte des fous, devenue depuis la Côte de l'impératrice, où « l'agitation de la mer, le choc et le brisement des vagues servaient aux malades des douches puissantes et continues ». Il n'est pas rare d'y voir 200 à 300 baigneurs en 1859, ainsi qu'une foule « immense de spectateurs ». Eugénie est sportive. Elle adore se baigner dans l'océan, qu'elle affronte quel que soit le temps, ensoleillé ou brumeux. Elle aime marcher sous la pluie, au désespoir de Mérimée, qui raconte une promenade à Saint-Pée-sur-Nivelle, sous le soleil puis sous l'orage, avec Mme de La Bédoyère. « Elle s'émerveillait sans cesse devant les arbres, les fleurs, les moutons, les petits chevaux, les vaches, les collines, les rochers » écrit-il, visiblement agacé.
Eugénie, une impératrice « au naturel »
La princesse de Metternich consacre deux chapitres (Une ascension sur la montagne de la Rhune et Une promenade en mer) à cette manière plus décontractée de vivre pendant ce mois de septembre. Le récit donne une image très vive et sympathique d'Eugénie, campée au naturel et avec le goût qu'elle avait pour la nature. L'ascension de la Rhune – à une cinquantaine de personnes – commence depuis Biarritz par une course en voiture, puis par une course en mulet, où tout le monde prend place dans les cacolets, ces deux sièges qui pendent de part et d'autre de l'animal, aussi inconfortables qu'exotiques ; puis c'est un repas sur l'herbe, accompagné de musique, Eugénie dansant un flamenco. « J'ai gardé un souvenir impérissable de cette silhouette fine et gracieuse de l'impératrice des Français exécutant avec autant d'élégance que de noblesse cette danse de son beau pays d'Espagne. » Puis « la partie de campagne tourna au tragique » avec deux heures de chemin à pied dans la montagne, avec une descente tout aussi difficile alors que la nuit est tombée et que la fatigue s'accumule (et que les chaussures des dames rendent l'âme). Le récit enlevé permet à la princesse de saluer l'entrain de l'impératrice, et le sien propre, d'autant qu'adolescente elle a fait nombre de promenades dans les Alpes.
Une dangereuse excursion en mer
La deuxième excursion, qu'avec autant de verve raconte Pauline de Metternich, est une partie en mer sur l'aviso La Mouette. Tous les accompagnants veulent rivaliser d'élégance. Mais le tangage et le roulis provoquent des vomissements, dans une « débandade stomacale » dont peu de détails nous sont épargnés. Le capitaine trouve que la mer est trop mauvaise pour débarquer à Fontarabie, et il faut donc repartir. Ils arrivent vers 7 heures du soir vers Biarritz, mais la mer est démontée, et l'empereur inquiet refuse que l'impératrice débarque, craignant que le bateau ne se fracasse. « C'est ainsi que de huit heures du soir à deux heures du matin, nous avons erré comme Le Vaisseau fantôme à travers ce maudit golfe de Gascogne, lorsque le capitaine, pressé par l'impératrice, prit son courage à deux mains en disant qu'il tenterait l'entrée dans l'Adour. » Il le fait en effet, malgré la barre qu'il faut franchir par nuit noire. L'empereur angoissé est arrivé sur place. Il dit à sa femme : « C'est la dernière fois que tu fais une de ces escapades, il y en a assez ! » Le danger a été grand en effet, mais ces deux récits enlevés nous montrent une Eugénie pleine de vie et de courage, un peu aventureuse, solide dans les moments difficiles, et surtout aimant passionnément ces séjours à Biarritz, l'océan et les balades.
Quand Bismarck échappe à la noyade
Devenant un lieu de villégiature impériale, la ville se développe. Isidore Lagarde cite, pour 1859, 8 034 « étrangers », Français issus de 78 départements, qui y résident du 1er juin au 15 octobre 1858, alors que le bourg compte 2 400 habitants permanents. Parmi les nombreux hôtes des années 60, il faut signaler… Bismarck. Il y séjourne au moins à deux reprises dans un des grands hôtels, aimant se baigner et ne détestant pas prendre des risques. Tellement qu'un jour, il échappe de justesse à la noyade, sauvé par l'intervention du gardien de phare Pierre Lafleur. Coïncidence macabre, Pierre Lafleur devait se noyer, six mois plus tard, au même endroit. Après Sedan, des Biarrots se souvinrent, avec regret, du sauvetage de celui qui était alors le chancelier de Prusse et qui était devenu le chancelier du deuxième Reich.
Sept restaurants, quatre cafés, sept hôtels
À la fin des années 1860, Biarritz a sept restaurants (de l'Océan, Lapandry, Doyhamboure, Grégori, du Casino, de la Paix, Joseph) quatre cafés (de Madrid, Tucoulat, de la Paix, de la Grande-Terrasse) et sept hôtels : le Grand-Hôtel (dit « l'hôtel des rois », où séjourna Bismarck), Dumont, des Ambassadeurs, des Princes, de France, d'Europe, d'Angleterre. C'est dans l'hôtel d'Angleterre que Pauline de Metternich, la femme de l'ambassadeur, loge avec son mari, un hôtel « qui passait pour le meilleur et qui était à mon avis exécrable » écrit-elle lors de son premier séjour à Biarritz, en septembre 1859. La côte est dominée par le casino, qui ouvre en 1858.
Les bains chauds et les eaux froides
Non loin, s'élèvent des établissements de bains chauds, dont les Bains Napoléon appartenant à la municipalité, ainsi qu'un autre construit sur la plage du Port-Vieux. Là, l'eau de mer est chauffée à la température désirée. « Éminemment hygiénique, le bain chaud d'eau de mer naturelle, ou mélangé d'eau de source dans les proportions voulues, est considéré en thérapeutique comme un agent d'une grande puissance dans le traitement de plusieurs maladies. » Mais Eugénie préfère se baigner dans l'océan. Excellente nageuse, elle ne craint ni les vagues puissantes, ni l'eau froide. Une lettre à sa sœur en témoigne : « La mer est bien froide et il faut beaucoup de force morale pour se décider à y entrer. Cependant je n'ai pas encore manqué un seul bain depuis que je suis ici. »
Les chambres à part des époux
Napoléon III vient-il à Biarritz pour complaire à Eugénie ? Sans doute. Mais pas très loin de là, dans les Pyrénées se trouve Saint-Sauveur, où sa mère le conçut et où on a vu qu'il se rend pour les eaux, mais aussi peut-être, étant donné l'attachement immense qu'il eut pour sa mère, pour le souvenir. Ses séjours à Biarritz deviennent plus courts et plus aléatoires. Il faut dire qu'à partir de la naissance du prince héritier, le couple vit séparément, faisant pour toujours chambre à part. C'est l'époque de la Castiglione, qui lui est envoyée par Cavour pour peser sur sa décision d'intervenir en faveur de l'Italie et faire la guerre à l'Autriche. Mais les occasionnelles sont aussi légion, Napoléon III ne s'en cachant pas. Ainsi, il va chez Fould à Tarbes en 1863 avec une nouvelle maîtresse, qu'il ne se gêne même pas d'amener à Biarritz où « soit fatigue soit toute autre cause, il s'est trouvé mal ».
Si Eugénie et le petit prince séjournent à Biarritz, l'empereur ne fait bientôt plus qu'y passer. Il se consacre à d'autres femmes, dans d'autres lieux. Des villes d'eau, où il espère qu'il pourra se guérir de cette maladie de l'homme de pierre, de plus en plus douloureuse, dont on ne veut pas l'opérer, et dont il va mourir. Et puis l'Empire se défait, les échecs s'accumulent. L'année de l'Exposition universelle, l'archiduc d'Autriche est fusillé au Mexique. La belle Bordelaise Hortense Schneider a beau chanter La Grande-Duchesse de Gérolstein, le ciel s'est assombri. Vieilli, très malade, l'empereur, s'il faut en croire Eugénie, « ne se croyait plus capable de supporter longuement le fardeau, si lourd, du pouvoir suprême » et elle rappelle qu'il avait envisagé d'abdiquer en 1874 pour se retirer à Pau et à Biarritz. 1874, date à laquelle le prince Eugène aurait été majeur. Mais le destin en décida autrement.
Extraits du livre : « Vous êtes mes soldats, les Aquitains de Napoléon III » (aux éditions « Sud Ouest ») par Joëlle Dusseau et Pierre Brana.



