Emmanuel Godo : Maurice Barrès, le grand écrivain oublié de Paris
Emmanuel Godo : le grand Barrès oublié de Paris

Dans un entretien récent, le biographe Emmanuel Godo a vivement critiqué la manière dont la Ville de Paris a réduit la mémoire de Maurice Barrès, l'un des plus grands écrivains français du début du XXe siècle. Selon lui, la capitale a « réduit l'un des plus grands écrivains » à une simple figure controversée, occultant son apport majeur à la littérature et à la pensée française.

Un écrivain majeur injustement oublié

Maurice Barrès, romancier, essayiste et homme politique, fut une figure centrale de la vie intellectuelle française. Auteur de romans comme La Colline inspirée ou Le Jardin de Bérénice, il incarna un certain nationalisme littéraire et un attachement profond à la terre et aux traditions. Emmanuel Godo, qui lui a consacré une biographie, rappelle que Barrès fut, en son temps, « le prince de la jeunesse » et une référence pour des générations d'écrivains, de Charles Maurras à François Mauriac.

Pourtant, la Ville de Paris a choisi de ne pas conserver la plaque commémorative apposée sur l'ancien domicile de l'écrivain, rue de Courcelles. Cette décision, prise dans le cadre d'une révision des hommages publics, a été justifiée par les positions nationalistes et parfois antisémites de Barrès, notamment lors de l'affaire Dreyfus.

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Une mémoire sélective qui appauvrit le patrimoine

Pour Emmanuel Godo, cette démarche est révélatrice d'une « mémoire sélective » qui appauvrit le patrimoine culturel français. Il souligne que Barrès, élu à l'Académie française en 1906, fut un écrivain majeur dont l'œuvre a marqué la littérature. « On ne peut pas réduire un écrivain à une partie de sa pensée, aussi contestable soit-elle », insiste-t-il.

Le biographe pointe également un paradoxe : alors que Paris célèbre des figures étrangères ou contemporaines, elle efface celles qui ont pourtant contribué à forger l'identité intellectuelle de la nation. Il appelle à une approche plus nuancée, qui distingue l'œuvre littéraire des engagements politiques.

Un débat qui dépasse le simple cas Barrès

Cette affaire s'inscrit dans un débat plus large sur la mémoire collective et la manière dont les villes honorent leurs figures historiques. Depuis plusieurs années, de nombreuses municipalités, y compris Paris, ont engagé une réflexion sur les hommages rendus à des personnalités jugées ambiguës ou controversées.

Emmanuel Godo, professeur de littérature à l'Université catholique de Paris, milite pour une « pédagogie de la complexité » : plutôt que d'effacer, il faudrait expliquer, contextualiser et permettre au public de se forger une opinion éclairée. Il rappelle que Barrès, malgré ses errements, a aussi été un défenseur de la culture et un écrivain dont l'influence fut considérable.

En attendant, la plaque de la rue de Courcelles a été retirée, et aucune décision n'a été prise pour la remplacer. Le débat, lui, reste ouvert, témoignant des tensions entre mémoire et histoire, entre célébration et critique.

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