Les guides touristiques du XXe siècle révèlent une Côte d'Azur méconnaissable
Lire les guides touristiques du passé, c'est se retrouver dans un monde disparu, dans des paysages oubliés ou des façons de vivre qui n'ont plus cours. Nous avons ouvert celui qui fut le plus célèbre au début du XXe siècle, le guide Joanne, publié avant la Première Guerre mondiale, à une époque où le tourisme automobile prenait son essor et où la compagnie ferroviaire Paris-Lyon-Marseille (PLM) desservait le Midi avec ses célèbres affiches.
Des descriptions qui surprennent aujourd'hui
Les extraits de ce guide historique offrent un témoignage précieux sur la perception des stations balnéaires azuréennes il y a plus d'un siècle. Les recommandations aux voyageurs, les prix, les commodités et même les prévisions sur le développement touristique diffèrent radicalement de la réalité actuelle.
Saint-Tropez : une prédiction erronée
Le guide Joanne écrivait à propos de Saint-Tropez : « Charmante situation sur la rive sud du golfe. La ville elle-même ne deviendra jamais une station fréquentée, mais peut servir de point de départ pour des excursions dans la chaîne des Maures ». Une prédiction qui contraste fortement avec la renommée internationale actuelle de la cité varoise.
Cannes : le luxe déjà présent
Contrairement à Saint-Tropez, Cannes apparaissait déjà comme une destination prestigieuse : « Cannes s'adresse surtout aux grandes bourses et un peu aux bourses moyennes. Installations nombreuses et parfaites, hôtels somptueux, villas palatiales ». Le guide mentionnait également que « l'eau potable est bonne » et que « l'électricité et le téléphone sont installés dans les hôtels, cafés, magasins et dans beaucoup de villas ».
Menton : le repos thérapeutique
Menton était décrite comme « un séjour reposant de plus en plus apprécié par ceux qui fuient les brumes septentrionales, par les affaiblis, les surmenés, les convalescents, les enfants délicats et les vieillards ». Le guide précisait que « Menton est la plus abritée, la plus favorablement située des stations hivernales françaises ».
D'autres stations azuréennes sous la loupe du guide
Toulon : « Les hôtels sont généralement modestes, mais l'étranger y est accueilli avec une affabilité exubérante. On recommande aux gens du Nord d'imiter la frugalité des Méridionaux ».
Hyères : « La clientèle de Hyères se recrute surtout parmi les gens tranquilles, de ressources moyennes. Son séjour est recherché par les santés délicates ».
Antibes : « Antibes a pris rang parmi les stations hivernales. Les prix de location et des appartements comprennent la fourniture de l'eau, qui est bonne. Le gaz coûte 25 centimes le mètre cube. Vie pas très chère ».
Nice : « On peut y vivre à très bon compte si on sait s'approvisionner au marché. Nice a des hôtels pour toutes les bourses. L'eau potable coûte 25 francs la saison ».
Monaco : « Hôtels depuis 7 francs jusqu'à 50 francs par jour ; villas meublées de 5 000 à 25 000 francs pour la saison. Les prix sont inférieurs à ceux de Paris ».
L'histoire des guides touristiques
C'est au début du XIXe siècle qu'apparaissent les premiers guides touristiques tels que nous les connaissons aujourd'hui. En France, une édition du guide allemand Reichard paraît dès 1803. La première grande collection de guides touristiques en français, les Guides Joanne, parut en 1854. Ils durèrent jusqu'à la Première Guerre mondiale après laquelle ils devinrent les célèbres Guides bleus, repris plus tard par Hachette et rapidement concurrencés par les Guides verts édités par Michelin.
Toute la floraison des guides que l'on a connus au XXe siècle – et notamment celui du Routard – est bousculée aujourd'hui, bien sûr, par les éditions électroniques et les plateformes numériques. Ces anciens guides papier restent cependant des témoins précieux d'une époque révolue, offrant un regard fascinant sur l'évolution du tourisme et des destinations.



