Le château de Boisseron, dont l'histoire remonte au Moyen Âge, est au cœur d'un projet de réhabilitation porté par la municipalité, mais un conflit avec les propriétaires actuels, Rémi et Julie Vellas, bloque l'avancée du dossier. La commune souhaite transformer le domaine en espace public avec des logements et un tiers-lieu culturel, tandis que le couple, qui a acheté le château en août 2022, défend son propre projet de résidence et d'événementiel.
Un passé monumental
Le château de Boisseron, situé dans l'Hérault, a été occupé dès le XIIe siècle par les Bermond d'Anduze, qui cherchaient à contrôler le passage sur la Bénovie et une partie du chemin du commerce de sel, grâce à leurs possessions de Sommières, Sauve et Anduze. Une tour romaine aurait précédé le château actuel au début du Ier siècle. Au XIXe siècle, la famille Silhol, puissante famille d'industriels et de politiques gardois, achète le château en 1856. Après l'incendie de l'aile est en 1871, le bâtiment perd sa forme en U et la façade donnant sur la Bénovie et le parc est profondément remaniée, avec un perron et une galerie d'arcades dans un style néoclassique.
Le domaine ne se limite pas au bâtiment. Son parc de cinq hectares abrite de nombreuses essences remarquables et plusieurs arbres séculaires. Deux norias permettaient autrefois de remonter l'eau des puits. Depuis 1873, son entretien aurait été assuré par plusieurs générations de jardiniers issus d'une même famille.
Du château bourgeois à la friche
C'est au XXe siècle que le château connaît l'une de ses vies les plus singulières. En 1961, l'Association nationale des médaillés du sport acquiert le domaine et en fait une maison de retraite destinée à d'anciens sportifs de haut niveau accidentés ou vieillissants. Plus tard, une société de tourisme social y organise des séjours, avec restaurant et animations. Pendant cette période, le château est ouvert aux habitants : certains se souviennent encore d'enfants de l'école venus y manger et d'un parc alors accessible.
Après la fermeture de cette activité, le château est progressivement abandonné. Un premier projet immobilier porté par une société privée est contesté par des habitants et une association de défense du patrimoine. Le projet ne voit finalement pas le jour et le domaine entre dans une longue période de friche, au cours de laquelle il devient un lieu d'urbex connu dans la région, attirant régulièrement des visiteurs malgré son accès interdit. C'est pendant ces expéditions nocturnes que ses murs ont été recouverts de tags, certains étant l'œuvre de graffeurs de renom. En 2013, un incendie s'est déclaré dans le château et a notamment détruit la toiture d'une des ailes.
Un projet communal ambitieux
Aujourd'hui, la commune veut lui donner une nouvelle fonction. Le maire de Boisseron, Loïc Fataccioli, explique : « Une friche ne pouvait pas rester en l'état. » La municipalité souhaite récupérer le domaine et transformer les cinq hectares de parc en espace public. Une partie du site accueillerait des logements, notamment sociaux et intergénérationnels. Le château lui-même pourrait devenir un tiers-lieu consacré aux activités culturelles, avec notamment des espaces pour le théâtre, l'image et la formation, mais aussi des salles d'exposition et des espaces utilisables par la commune.
Le projet se heurte toutefois à une procédure d'expropriation. Les propriétaires actuels, Rémi et Julie Vellas, ont acheté le château en août 2022. Originaire des alentours de Montpellier, le couple affirme avoir engagé d'importants travaux : « On a refait toutes les façades, les planchers, les toits, le parc, les abords, les clôtures. » Ils avaient leur propre projet, mêlant résidence principale, logements et événementiel. « On avait un projet d'y vivre, que les gens puissent s'y marier, un peu d'événementiel, et que les gens puissent venir en vacances sur le château », explique Rémi Vellas.
La commune poursuit de son côté sa procédure pour devenir propriétaire du domaine. L'établissement public foncier d'Occitanie est engagé dans cette opération, tandis que le juge de l'expropriation doit encore fixer l'indemnité. Pour Boisseron, l'enjeu dépasse donc la seule sauvegarde d'un bâtiment : il s'agit de savoir quelle place ce vaste domaine pourra retrouver dans la vie du village.



