Bayonne révèle ses caves médiévales : un patrimoine caché sous les rues
Caves médiévales de Bayonne : un trésor souterrain

Bayonne révèle ses caves médiévales : un patrimoine caché sous les rues

En parcourant les rues pavées de Bayonne, il faut un œil exercé pour discerner les anciennes portes des caves médiévales, nichées au niveau des trottoirs modernes. Pour vous conter leur histoire, nous nous sommes aventurés dans deux de ces souterrains. On connaît Bayonne pour ses façades à colombage, sa cathédrale ou ses remparts, mais une partie de son patrimoine reste méconnue du grand public et même de certains habitants : les caves médiévales de la ville ! Saviez-vous qu'il en existe plus d'une centaine, dissimulées sous les rues du Grand Bayonne ? Pour les curieux, l'office de tourisme propose des visites guidées intitulées « D'une cave à l'autre », comme lors de cette matinée du 22 août.

Une visite guidée pour les locaux et les passionnés

À 9 h 30, près d'une vingtaine de personnes se rassemblent au 7, rue des Gouverneurs, devant le CIAP (Centre d'interprétation de l'architecture et du patrimoine). « Tout le monde connaît Bayonne ? », s'enquiert Isabelle Dupont, la guide conférencière. En réponse, tous acquiescent : les visiteurs du jour sont des locaux. « On profite des vacances pour faire ce genre de visites », témoignent Aline et Christophe, deux Bayonnais. « Ma fille avait fait cette visite avec l'école, se souvient la maman, et quand on fait du shopping en centre-ville, elle me montre en m'expliquant. » Au tour des parents de s'instruire.

L'histoire fascinante des caves médiévales

Isabelle Dupont conduit la joyeuse troupe jusqu'au sous-sol du CIAP, qui débouche sur l'une des six caves inscrites au titre des Monuments historiques. Sous quatre travées en croisée d'ogives et en berceau brisé, la guide déroule l'histoire des 138 caves du Grand Bayonne, construites sur une période de 300 ans au Moyen-Âge, à l'intérieur de la muraille antique du IVe siècle. Elles ont été répertoriées sur demande du maire de l'époque, en 1939, à l'aube de la Seconde Guerre mondiale, alors qu'il devait connaître l'état sanitaire des bâtiments avant d'instaurer les abris aériens.

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Les origines : une réponse aux incendies fréquents

Vu leur nombre, y avait-il une mode de la cave au XIVe siècle, comme il en existe aujourd'hui pour les immeubles ou les parkings souterrains ? C'est en fait un évêque du XIIIe siècle qui initia le mouvement, se mettant en tête de transformer la cathédrale romane en édifice gothique. Adieu le bois, bonjour la pierre. De la carrière locale de Mousserolles, s'il vous plaît. À l'époque, il s'agit de remplacer le bois par un matériau non inflammable, puisque les incendies sont monnaie courante à Bayonne, où la ville brûle de moitié à chaque feu en raison de la grande proximité des habitations et de leur matériau de construction.

De nombreux ouvriers affluent alors pour participer à l'élévation de voûtes gothiques de la cathédrale. Mais, puisque d'aucuns le savent, la pluie est fréquente dans la région, les artisans se retrouvent régulièrement contraints de ne pas travailler. Ils se mettent alors en quête de nouveaux chantiers à proximité. Une aubaine pour les notables, qui, las de voir leurs possessions détruites à chaque nouvel incendie, décident de s'équiper de caves. Dans une ville qui vit du négoce, ils peuvent désormais stocker leurs marchandises à domicile, sans crainte.

Des caves devenues lieux de vente et de stockage

« Si la cave dans laquelle on se trouve est si belle, fait remarquer Isabelle Dupont aux visiteurs, c'est bien parce que les propriétaires avaient l'intention d'y recevoir du monde. » En effet, au XIVe siècle, les sous-sols deviennent des lieux de vente pour les commerçants qui reçoivent leurs clients sous terre, à une époque où le niveau des rues était plus bas que celui d'aujourd'hui. Situées sur les côtés, les niches présentes dans les caves ont suscité bien des théories au cours des années. En gascon, « sostrein » désignait la cave avant que le mot n'existe. Un terme qui vient du latin « subterraneum » : souterrain. Mais les archéologues sont formels, les murs des niches ont été construits en même temps que le reste, mettant un terme aux fabulations d'éventuels réseaux souterrains secrets.

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La condamnation des entrées et les usages modernes

Au XVIIe siècle, le maire de Bayonne se conforme à une ordonnance royale d'alignement en promulguant un arrêté qui impose de condamner l'accès aux caves. Dès lors, les caves demeurent des lieux de stockage, et les espaces de vente se retrouvent au rez-de-chaussée des bâtiments. Pendant que la guide conférencière livre ses explications, le bruit de la ventilation et la fraîcheur de la climatisation rappellent au groupe les aménagements bien actuels installés par la Ville, après qu'elle a racheté la cave au début des années 2000 à une banque.

45 minutes plus tard, il est temps de passer d'une cave à l'autre. Direction le 7, rue Lagréou, où se trouve la seconde cave que possède la mairie. À l'intérieur, les visiteurs se retrouvent sous le 5 de la rue, chez les voisins. Une anomalie administrative à l'instar de nombreuses autres, qui résulte des constructions successives. La règle est simple : c'est à celui qui possède le pas-de-porte qu'appartient la cave. Au cours des dernières années, l'ancien propriétaire avait loué les lieux en question à une peña, qui profitait des Fêtes de Bayonne pour étancher la soif des festayres sous les deux voûtes. De nos jours, dans le reste du Grand Bayonne, d'autres caves, privées, accueillent les cartons des habitants, un salon de barbiers… Et même une entreprise de fungiculture, la culture de champignons !