Les blockhaus du bassin d'Arcachon : bien plus que des vestiges côtiers
Les blockhaus ne se limitent pas aux plages océanes, où ils sont souvent tagués, érodés par les marées ou ensablés. Ces fortifications défensives du mur de l'Atlantique, érigées par l'armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale pour repousser un débarquement allié, sont également dissimulées dans des lieux insoupçonnés. Tapis dans la forêt, nichés en plein cœur urbain, ou situés aux portes de stations balnéaires, ils constituent un patrimoine historique méconnu qui renaît grâce à l'action dévouée d'une association passionnée.
Le Gramasa : treize ans de réhabilitation acharnée
Fondé en 2008, le Groupe de recherches archéologiques sur le mur de l'Atlantique secteur Arcachon (Gramasa) rassemble des amateurs de plongée sous-marine déterminés à sauvegarder ces ouvrages. Marc Mentel, président de l'association et enseignant de profession, explique : « Je ne suis pas un passionné de fortifications, mais un moniteur de plongée guidé par la transmission. » Sa première rencontre avec un blockhaus remonte à 1984, et depuis, il cartographie méticuleusement ces constructions, qu'elles soient immergées ou terrestres, souvent recouvertes par la végétation ou l'oubli.
Le site de l'Eden : un joyau forestier exceptionnel
Parmi les trésors redécouverts, le site de l'Eden, à La Teste-de-Buch, se distingue par son importance. Accessible via la route de l'Eden, près de la départementale 217, ce « lotissement » de quinze blockhaus s'étend sur trois hectares en forêt de Pyla-sur-Mer. Marc Mentel le compare à la cité maya de Palenque, perdue dans la jungle : « C'est l'un des plus importants sites terrestres d'Aquitaine, peu connu des habitants. » Autrefois utilisé comme décharge et vandalisé par des tagueurs, ce site a abrité une garnison de 100 soldats et conserve trois casemates de tir. Un partenariat entre le propriétaire, la municipalité et le Gramasa a permis de débroussailler les entrées et d'organiser des visites guidées estivales avec l'office de tourisme, rencontrant un vif succès.
D'autres sites emblématiques à découvrir
Le bassin d'Arcachon compte une vingtaine de blockhaus, chacun avec sa spécificité. Le Gramasa a également restauré celui du Cap-Ferret, situé dans le parc du phare, premier à être ouvert au public. À Gujan-Mestras, une fortification du parc de la Chêneraie, sur la seconde ligne défensive le long du canal des Landes, offre une autre perspective. Enfin, à Arcachon, un blockhaus exceptionnel se cache dans les sous-sols du bâtiment MA.AT, abritant l'office de tourisme près de la gare. Marc Mentel souligne : « C'est rare de trouver un tel ouvrage sous un bâtiment en centre-ville ; il servait de central téléphonique. » L'association projette d'installer sa bibliothèque et son centre de recherches dans un blockhaus du parc de la Chêneraie, tout en travaillant sur un livre consacré au phare du Cap-Ferret et un projet de réalité augmentée pour visiter virtuellement les sites immergés.
Un patrimoine qui revit pour les générations futures
Près de quatre-vingts ans après leur construction, les blockhaus du bassin d'Arcachon sortent de l'ombre grâce à la persévérance du Gramasa. Ces visites guidées, combinées à des initiatives innovantes comme la réalité augmentée, permettent de transmettre l'histoire de ces fortifications et de valoriser un patrimoine longtemps négligé. L'engagement de ces bénévoles démontre que même les vestiges les plus discrets peuvent retrouver une seconde vie, enrichissant la mémoire collective de la région.



