Bayonne révèle ses fortifications oubliées du XVIe siècle, antérieures à Vauban
Bayonne dévoile ses fortifications oubliées du XVIe siècle

Bayonne dévoile ses fortifications oubliées du XVIe siècle, antérieures à Vauban

Les fortifications édifiées par Vauban au XVIIe siècle participent grandement à la renommée historique de Bayonne. Cependant, 150 ans plus tôt, des ouvrages d'artillerie reliés entre eux les avaient déjà précédées. Une immersion inédite dans le plus vaste d'entre eux, le boulevard Notre-Dame, offre une plongée fascinante dans ce patrimoine méconnu.

Un tunnel et au bout : pas de lumière

Un tunnel s'ouvre devant vous, et au bout, aucune lumière ne perce l'obscurité. Des stalactites, celles qui tombent et planent au-dessus de votre tête, créent une atmosphère mystérieuse. De l'humidité suinte des parois, pouvant parfois tremper vos chaussures. Et ce silence quasi absolu, seulement troublé par instants par le clapotis d'une goutte. Une grotte ? Absolument pas ! « On n'est pas sous terre, on est toujours au niveau du sol extérieur », précise Germaine Auzeméry, cheffe de projet Ville d'art et d'histoire de Bayonne, lors d'une visite exceptionnelle des lieux accordée à Sud Ouest. Il valait mieux, pour avoir une chance d'apercevoir l'ennemi et l'accueillir à grands coups de canons.

Bienvenue à l'intérieur de la casemate du boulevard Notre-Dame, quelque part en lisière de la place Saint-André, au pied du Château-Neuf. Dans l'une des faces cachées des remparts de Bayonne. Germaine Auzeméry, accompagnée de Sophie Castel, élue au patrimoine, mène cette exploration unique.

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Un patrimoine historique majeur et méconnu

La capitale du Pays basque français est connue pour son jambon, ses Fêtes, son équipe de rugby et… ses fortifications Vauban du XVIIe siècle. Elles sont majestueuses, mais elles font aussi pas mal d'ombre. Jusqu'à faire oublier qu'elles ne sont pas les seules d'envergure dans le secteur. Cent cinquante ans plus tôt était édifié, sur quatre décennies (1510-1550), « le plus grand ouvrage d'artillerie du XVIe siècle en France », insiste la cheffe de projet.

À l'époque, c'est François Ier qui règne sur la France, dans un contexte de forte tension avec l'Espagne. Située à 40 km de la frontière, Bayonne occupe une position stratégique. Un statut militaire de « place forte » que la cité ne délaissera d'ailleurs qu'en 1907. « Au total, ce sont dix ouvrages d'artillerie qui vont être construits pour contrer l'éventuel assaut espagnol. Huit subsistent aujourd'hui », indique Germaine Auzeméry.

Une architecture défensive impressionnante

Reliés par des courtines, ces bastions défensifs abritant des salles de tir forment la muraille protégeant Bayonne à la Renaissance. Le boulevard Notre-Dame, avec ses 573 m², est le plus impressionnant de tous. Au fil de la progression sur une terre boueuse, équipé de projecteurs et de lampes frontales, on constate que l'obscurité n'est pas totale. Des « cheminées », trouant la voûte sur plusieurs mètres de hauteur, laissent passer des rais de lumière et aèrent un peu l'endroit.

Le jour passe aussi légèrement par les côtés, par ce qu'il reste des deux bouches à feu et de la meurtrière, ces fenêtres de tir d'où étaient envoyés les boulets sur l'adversaire. Le sol, inondable, a été remblayé sur un bon mètre par rapport à la version initiale. Autrefois, des douves entouraient les remparts, complétant le dispositif défensif.

Un ouvrage polémique et son histoire tumultueuse

Un vestige d'escalier au milieu du parcours, désormais bouché, offrait un temps un autre accès à la surface pour la garnison. À l'extrémité du cheminement en arc de cercle, une porte vers l'extérieur est également condamnée. « Au XVIe, il n'y avait pas d'ouverture, c'était probablement une autre bouche à feu. Elle a été faite au siècle suivant, sous Vauban, pour que la garnison du Château-Neuf dispose d'une sortie. Elle a fait polémique, comme le bastion globalement », explique Germaine Auzeméry.

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Les écrits retrouvés par la cheffe de projet font apparaître une certaine irritation des habitants : « Entre la construction du Château-Neuf au XVe siècle puis les fortifications, l'accès à la ville par le quartier Mousserolles s'est retrouvé congestionné. La population ne l'a pas bien vécu ». La porte d'entrée historique, le portail Mocoron, existe encore, mais dans un relatif anonymat.

Un avenir incertain pour ce site historique

Malgré le déclassement de « place forte » au début du XXe siècle, le Château-Neuf et le boulevard Notre-Dame ont continué à être occupés par l'armée jusqu'à son départ au début des années 1990. Depuis, l'espace est inutilisé, ou ponctuellement : « Il a servi pour la logistique des courses de vache ou les espaces verts », sait Germaine Auzeméry. Des ossements témoignent du passage d'animaux, peut-être des chèvres, et des bouteilles de bière signalent un squattage humain, alors que l'accès est strictement interdit.

Devant la dimension patrimoniale et méconnue du lieu, on se plaît à l'imaginer accessible au plus grand nombre. Sophie Castel avance prudemment : « Les seuls moments où l'on peut envisager des temps de visite pour le public, c'est pour les Journées du patrimoine. Ce lieu ne peut pas être ouvert. Il n'est pas très aisé à pratiquer ». En l'état, c'est incontestable. Il faudrait le rénover.

À deux pas de là, le boulevard Mousserolles, l'un des sept autres ouvrages d'artillerie du XVIe siècle, classés monuments historiques depuis 1930, vient d'être joliment toiletté par la commune. Il accueille deux associations musicales, La Locomotive et la Baiona Banda. L'opération, soutenue par la Drac et la Région, a coûté 1,3 million d'euros. Le boulevard Notre-Dame est deux fois plus grand, et les ressources municipales ne sont pas extensibles. L'élue invite à la patience : « À patrimoine exceptionnel, temps exceptionnel ».